
Après de longs mois de silence, l’imam Mahmoud Dicko a refait surface à travers une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. Dans cet enregistrement, diffusé en bambara et en peulh, la figure religieuse malienne confirme son adhésion à une coalition récemment constituée et opposée à la transition en cours au Mali. Une prise de parole qui intervient à un moment particulièrement sensible : à la veille du sommet des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Dans sa déclaration, l’imam justifie sa sortie par la volonté de répondre à des rumeurs persistantes. Selon lui, le mouvement auquel il adhère aurait été accusé, à tort, de vouloir « répandre le sang » et « semer le désordre ». Il affirme au contraire que la démarche s’inscrit dans une logique pacifique et citoyenne. Toutefois, cette explication peine à dissiper toutes les interrogations.
Pour de nombreux observateurs, le choix du timing n’a rien d’anodin. Pourquoi avoir attendu plusieurs mois pour s’exprimer, et surtout pourquoi le faire précisément à la veille d’un sommet stratégique réunissant les dirigeants de l’AES ? Cette concomitance alimente les analyses sur une possible volonté d’influencer l’opinion publique nationale et régionale à un moment où les autorités de transition cherchent à afficher une unité politique et diplomatique.
Le choix des langues utilisées dans la vidéo suscite également des débats. En s’exprimant en bambara et en peulh, l’imam Dicko s’adresse directement à deux communautés linguistiques majeures du pays. Une option qui peut être interprétée comme une stratégie de proximité, visant à toucher les couches populaires, souvent plus réceptives aux messages en langues nationales. Mais l’absence du songhaï ou du français, langue officielle et administrative, soulève des questions sur les publics ciblés et les intentions réelles de cette communication.
Personnalité centrale du paysage religieux et politique malien, Mahmoud Dicko a, par le passé, démontré sa capacité à mobiliser largement. Son retour médiatique, même mesuré, ravive donc les débats sur son rôle actuel et futur dans la recomposition politique du pays. S’agit-il d’une simple mise au point face à des accusations jugées infondées, ou d’un signal politique soigneusement calibré dans un contexte régional tendu ?
Pour l’heure, aucune réponse claire ne permet de trancher. Mais une chose est certaine : cette sortie relance la présence de l’imam Dicko dans l’espace politique et replace son nom au cœur des discussions, à un moment où le Mali et ses partenaires de l’AES cherchent à consolider leur trajectoire politique et sécuritaire.
Par Djibrilla Touré

1 PENSE SUR “Sortie de l’imam Mahmoud Dicko : Coïncidence ou calcul ?”
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