
Dans un texte approfondi, Souleymane Camara, président du Réseau des défenseurs des droits de l’homme (RDDHM), rappelle que depuis 2012, la crise multidimensionnelle qui frappe le Mali a profondément bouleversé le tissu social, sécuritaire et économique du pays.
À ses dires, villages décimés, milliers de soldats tués ou blessés, déplacements massifs de populations, champs brûlés, bétail enlevé, infrastructures détruites, axes routiers minés, villes et localités sous blocus, prises d’otages répétées : le Mali, à l’instar de l’ensemble du Sahel, porte encore les stigmates d’une guerre asymétrique meurtrière. Pourtant, poursuit-il, malgré ces épreuves, le peuple malien fait preuve d’une résilience remarquable et demeure debout.
Selon lui, plus d’une décennie de violences terroristes et djihadistes a laissé un lourd bilan humain et matériel, dont les conséquences continuent d’affecter durablement la population, en particulier les couches les plus vulnérables.
Face à cette situation, l’État a engagé plusieurs actions, notamment la prise en charge des Pupilles de la Nation et des Pupilles de l’État, ainsi que des programmes de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants. La Commission Vérité, Justice et Réconciliation, chargée de recenser les victimes de 1960 à 2012, a également clôturé ses travaux. Toutefois, au regard des nouvelles conséquences liées au terrorisme, la mise en place d’un fonds spécifique de dédommagement en faveur de toutes les victimes directes apparaît aujourd’hui nécessaire. Les survivants des villages incendiés ainsi que les opérateurs économiques ayant perdu leurs biens devraient bénéficier de compensations, d’exonérations et de mesures fiscales adaptées afin de reconstruire leurs moyens de subsistance.
Mais, précise M. Camara, une catastrophe silencieuse demeure celle des milliers d’enfants privés d’éducation depuis plus de dix ans. « Selon le bulletin du Cluster Éducation Mali publié le 27 janvier 2026, 2 314 écoles étaient non fonctionnelles en novembre 2025, privant près de 694 200 enfants de leur droit fondamental à l’éducation et affectant 13 884 enseignants. Les régions de Bandiagara, Kidal, Taoudénit, Ménaka et Douentza sont les plus touchées », a expliqué le président du RDDHM.
À l’image des dispositifs existants pour les pupilles, le gouvernement, à travers le ministère de l’Éducation nationale, est ainsi appelé à élaborer une politique spécifique et urgente en faveur de ces enfants, afin d’éviter qu’ils ne deviennent la génération sacrifiée du Mali, a-t-il conclu.
Lamine BAGAYOGO
