
À Tombouctou, certaines infrastructures parlent pour ceux qui les ont conçues. Écoles, mairies, stades municipaux, ouvrages hydrauliques ou équipements agricoles : derrière ces réalisations souvent prises pour acquises se trouve un acteur clé du développement local, le Bureau d’Ingénierie et de Recherche Appliquée au Développement (BIRAD). C’est cette réalité que la délégation de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM) a découverte, mardi 30 décembre, lors de la dernière étape de sa tournée régionale.
Installé à Tombouctou mais actif bien au-delà, le BIRAD est dirigé par Moussa Kalidi, ingénieur en équipement rural, promoteur du bureau et premier vice-président du Conseil régional de Tombouctou. Face aux journalistes, il retrace un parcours marqué par le terrain, la décentralisation et une conviction forte : le développement ne peut se faire sans compétences locales solides.
Après des débuts dans l’enseignement supérieur au début des années 1990, Moussa Kalidi rejoint plusieurs programmes de développement, notamment dans le secteur de l’hydraulique, au sein de la région de Tombouctou. Ces expériences lui permettent de mesurer l’écart entre les besoins des populations et les réponses souvent pensées loin du terrain. En 1999, alors que la décentralisation prend forme au Mali, il fait un choix décisif : créer un bureau d’ingénierie capable d’accompagner directement les collectivités.
Ainsi naît le BIRAD. D’abord installé à Bamako, le bureau est rapidement transféré à Tombouctou. « Il fallait être là où se posent les problèmes », explique-t-il. Les premières collaborations se font avec des ONG et des projets de développement, avant que les communes, nouvellement créées, ne deviennent des partenaires centraux. Études, suivi-contrôle, supervision des travaux : le BIRAD s’impose progressivement comme un appui technique de référence.
Avec la décentralisation, les collectivités territoriales se voient confier de nouvelles responsabilités, mais manquent souvent d’ingénierie pour planifier et investir. Le BIRAD se positionne alors comme assistant à la maîtrise d’ouvrage, accompagnant l’élaboration des Plans de Développement Communal, des Plans d’Investissement Annuel et la mise en œuvre des projets. Formation des élus, appui à la gestion financière, suivi des réalisations : le bureau intervient à toutes les étapes du développement local.
Aujourd’hui, le BIRAD fonctionne avec une équipe pluridisciplinaire composée d’ingénieurs, de sociologues et de techniciens. Ses domaines d’intervention couvrent l’hydraulique, l’assainissement, le génie civil, les routes, l’environnement, l’agriculture, l’élevage et le renforcement des capacités. Du simple équipement à la construction d’infrastructures majeures, les interventions sont multiples et adaptées aux réalités locales.
Dans la région de Tombouctou, les traces du BIRAD sont visibles presque partout. Des écoles de six salles de classe à Taoudéni, des stades municipaux, des aménagements de mairies, des ouvrages de submersion contrôlée ou encore des équipements agricoles témoignent de son implication continue. « Là où vous passez, vous trouverez une réalisation du bureau », confie Moussa Kalidi.
Mais le parcours n’a pas été sans heurts. La crise sécuritaire de 2012 marque un coup d’arrêt brutal. Comme beaucoup d’acteurs, le BIRAD se replie partiellement à Bamako, tout en maintenant ses activités dans le Nord. Aujourd’hui encore, le gel de nombreux projets, la rareté des financements et le retrait des partenaires techniques et financiers pèsent lourdement sur le fonctionnement du bureau.
Face à ces difficultés, Moussa Kalidi appelle à la patience et à la résilience. Pour lui, la région de Tombouctou reste une terre de potentialités inexploitées. L’agriculture, notamment dans des zones comme Diré, l’élevage, mais aussi la culture et le tourisme constituent des leviers majeurs de développement. Il lance surtout un message clair aux jeunes cadres formés à l’extérieur : « revenir servir la région est un choix stratégique ».
Sur la question du patrimoine, si cher à Tombouctou, le BIRAD se veut un partenaire technique à la disposition des collectivités. Études, diagnostics, propositions de sauvegarde : le bureau intervient à la demande, dans le respect des priorités locales et des cadres contractuels.
Entre engagement institutionnel et expertise technique, le BIRAD continue ainsi de bâtir, souvent loin des projecteurs, les fondations du développement local. À Tombouctou, le bureau incarne cette ingénierie de proximité sans laquelle aucun projet durable ne peut voir le jour.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté depuis Tombouctou
