
L’ancien Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, a adressé une lettre ouverte au président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, dans laquelle il exprime ses préoccupations face à la dégradation des relations diplomatiques entre le Mali et l’Algérie. Datée du 14 janvier 2025 à Koulikoro, cette correspondance a été écrite alors que l’ancien chef du gouvernement se trouvait en détention.
Dans cette lettre, Choguel Maïga affirme s’exprimer en tant que citoyen profondément attaché à l’unité nationale du Mali, à l’intégrité de son territoire et à la souveraineté de l’État, mais également à la solidité des liens historiques et fraternels unissant le Mali et l’Algérie. Malgré sa situation personnelle, il dit agir par souci de paix et de responsabilité, animé par la volonté de préserver une relation bilatérale qu’il juge essentielle pour la stabilité régionale.
L’ancien Premier ministre rappelle le parcours historique du peuple algérien, saluant son combat contre la domination étrangère et sa contribution aux luttes de libération des peuples opprimés. Il indique avoir suivi, avec une grande attention et une profonde inquiétude, les récentes prises de position des responsables des deux États, tant dans les forums internationaux que dans les médias.
Selon lui, une situation d’incompréhension s’est progressivement installée, marquée par des polémiques, des accusations et des invectives réciproques sur la scène diplomatique internationale. Une dynamique qu’il considère comme dangereuse et préjudiciable à la sécurité des deux peuples, ainsi qu’aux relations de bon voisinage qui ont historiquement prévalu entre le Mali et l’Algérie.
Choguel Maïga cite notamment les interventions des représentants officiels des deux pays lors de la 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2025. Il estime que certaines agressions verbales observées à cette tribune étaient inappropriées et contre-productives. Il évoque également la conférence de presse du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, tenue le 18 novembre 2025, ainsi que l’intervention de l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis, Sabri Boudouma, lors d’un panel diplomatique à Washington le 24 novembre 2025. Des déclarations qui, selon lui, suscitent des inquiétudes quant à la perception de la situation réelle au Nord du Mali.
Pour l’ancien chef du gouvernement, ces prises de position publiques portent atteinte à l’image des deux États et fragilisent la confiance mutuelle indispensable à des relations fraternelles et durables. Depuis sa détention, il lance ainsi un appel solennel à la retenue et à la raison, invitant les dirigeants et personnalités publiques des deux pays à ne jamais perdre de vue les liens historiques, humains et culturels qui unissent Maliens et Algériens.
Reconnaissant que les relations entre les gouvernements des deux pays ont connu des tensions ces dernières années, Choguel Maïga insiste toutefois sur la nécessité de conserver le sens de l’histoire, de la responsabilité et du « temps long » dans la conduite des relations diplomatiques. Il plaide pour une patience stratégique et un discernement constant afin d’éviter toute escalade nuisible aux intérêts des peuples.
Dans cette démarche, il indique avoir joint à sa lettre un mémorandum destiné à porter à l’attention du président algérien certains faits et éléments d’analyse susceptibles de contribuer à l’amélioration des relations bilatérales. Il soutient qu’un problème existe, mais que son examen à la lumière de l’histoire, ancienne et récente, peut permettre de le dépasser.
Enfin, Choguel Kokalla Maïga rappelle que ses positions sur ces questions s’inscrivent dans la continuité de travaux et de publications antérieurs consacrés aux rébellions au Nord du Mali, à la crise de l’État et à l’histoire des résistances locales. Concluant sa lettre dans un contexte symbolique, marqué par le mois sacré de Rajab et la Journée nationale de la souveraineté retrouvée du Mali, l’ancien Premier ministre réaffirme son souhait de voir prévaloir la concorde, la compréhension mutuelle et la fraternité entre les peuples malien et algérien.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
