
L’affaire opposant l’État malien à la Société des mines de Komana (SMK) dépasse désormais le cadre d’un simple contentieux financier. À mesure que la justice avance, ce dossier sensible prend une dimension diplomatique, susceptible de fragiliser les équilibres au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Le 23 janvier dernier, le Pôle national économique et financier a placé cinq cadres maliens de la SMK sous mandat de dépôt, pour des faits liés au non-rapatriement de recettes d’exportation évaluées à plus de 700 milliards de FCFA. Dans le même temps, des services de l’État auraient procédé à la saisie d’une partie de la production aurifère de la société ainsi que de certains actifs, sans que les volumes concernés n’aient été rendus publics.
Pour les autorités maliennes, cette procédure s’inscrit dans la mise en œuvre rigoureuse des conclusions de l’audit du secteur minier, lequel aurait mis au jour de graves irrégularités financières. La ligne affichée est claire : tolérance zéro face aux manquements, quel que soit le profil des opérateurs concernés.
Cependant, la configuration particulière de la SMK rend le dossier politiquement délicat. La société est contrôlée par Coris Invest Group, via Nioko Resources Corporation, propriété de l’homme d’affaires burkinabè Idrissa Nassa, figure influente de l’économie sous-régionale. La direction générale de la mine est assurée par un ressortissant nigérien, ce qui place l’affaire au croisement de trois États aujourd’hui liés par une alliance stratégique.
Cette réalité alimente les interrogations : le Mali appliquera-t-il la même fermeté que dans les précédents contentieux miniers, au risque de provoquer des crispations avec ses partenaires ? La mise sous administration provisoire de la SMK, le gel de ses avoirs, voire l’émission de mandats d’arrêt internationaux contre des dirigeants étrangers sont des options prévues par le droit malien, mais politiquement sensibles dans le contexte de l’AES.
Si la Confédération des États du Sahel repose sur des principes de solidarité et de coopération, l’affaire SMK révèle les limites possibles de cette entente lorsqu’elle se heurte à des intérêts économiques majeurs. Le poids d’Idrissa Nassa dans l’économie burkinabè et ses investissements au Mali soulèvent la question d’une éventuelle médiation régionale, afin d’éviter que ce dossier judiciaire ne se transforme en contentieux diplomatique.
Au-delà des milliards réclamés, des milliers d’emplois directs et indirects sont en jeu, de même que la crédibilité du Mali dans sa volonté de reprendre le contrôle de ses ressources naturelles. Selon des spécialistes, pour Bamako, céder serait envoyer un signal de faiblesse ; persister sans concertation pourrait, en revanche, mettre sous tension les relations avec Ouagadougou et Niamey.
Ainsi, l’affaire SMK apparaît comme un test grandeur nature de la cohésion au sein de l’AES, où la défense de la souveraineté économique devra composer avec la préservation des alliances régionales. Un équilibre délicat, dont l’issue sera scrutée bien au-delà des frontières maliennes.
Abdrahamane Baba Kouyaté
