
La situation sécuritaire au Mali connaît une nouvelle phase de complexité, notamment dans les régions de Kayes, Nioro du Sahel et Ségou. Les attaques et pressions des groupes armés ne relèvent plus de simples incursions, mais d’une stratégie savamment orchestrée poursuivant plusieurs objectifs : économiques, sociaux et sécuritaires.
Ce n’est pas la première fois que les djihadistes adoptent cette méthode. Elle avait déjà permis l’expansion de leur emprise dans les zones d’Ansongo et de Boni. Leur modus operandi est clair : asphyxier l’économie locale, contraindre les transporteurs à verser de l’argent, instaurer la peur par des fouilles de bus, puis chercher à négocier leur influence auprès des populations.
Deux éléments nouveaux apparaissent à Nioro : la restriction des déplacements et les pressions sur les figures d’influence locales. La cible principale est le Chérif Bouyé, leader religieux dont la notoriété et la capacité de mobilisation constituent un appui déterminant pour l’État.
Les terroristes cherchent à briser ce soutien par une série d’actions calculées : vols de bétail, enlèvements de proches et blocus imposé à la ville. Depuis peu, les groupes armés appellent ouvertement la population à cesser de soutenir le pouvoir central, utilisant le blocus comme instrument de punition et de dissuasion.
La région de Kayes s’est distinguée par sa fidélité à la transition. Lors des dernières attaques, les habitants ont apporté un soutien concret aux Forces armées maliennes (FAMa). En ciblant Kayes, les terroristes veulent briser cette confiance et mettre en doute la capacité de l’État à protéger sa population.
Les attaques contre les citernes de carburant répondent à un objectif précis : provoquer une pénurie capable de paralyser Bamako. Une telle situation accroîtrait le sentiment d’incapacité du gouvernement de transition et nourrirait la contestation.
Le JNIM a récemment menacé la compagnie Diarra Transport, l’enjoignant à suspendre ses activités. La menace a été exécutée.
Cette stratégie n’est pas nouvelle, dans le nord du Mali, d’autres compagnies ont déjà subi de telles pressions lorsqu’elles refusaient de coopérer, soit en convoyant discrètement des combattants non armés, soit en payant une taxe imposée.
Derrière ces attaques, se profile une finalité politique : préparer le terrain à un coup de force. Chaque intensification des violences, notamment près de Bamako, est accompagnée d’une propagande accrue sur les réseaux sociaux visant à fragiliser l’opinion publique et le choix de la capitale et de ses environs n’est pas anodin. Il vise à obliger un redéploiement militaire, ouvrant des brèches exploitables pour les déstabilisateurs.
En définitive, l’objectif principal des terroristes demeure la chute de la transition. En perte de vitesse sur le plan militaire, les terroristes misent sur la peur, la propagande et la pression économique pour atteindre leurs fins.
Face à cette menace, la vigilance s’impose. L’armée connaît probablement ces manœuvres et doit ajuster sa riposte. Plus que jamais, l’unité nationale reste la meilleure arme.
Par Djibrilla Touré
