
À Bamako, la crise du gasoil prend une tournure de plus en plus préoccupante. Alors que les autorités annoncent des arrivages réguliers d’hydrocarbures, la réalité sur le terrain est toute autre : dans de nombreuses stations-service, le carburant demeure introuvable, plongeant les usagers dans une situation d’incertitude quotidienne.
Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’absence prolongée de gasoil a profondément modifié les habitudes. Là où les automobilistes espéraient se ravitailler normalement, ils doivent désormais faire face à des stations à sec ou à des files d’attente interminables, sans garantie d’être servis. Cette rareté a ouvert la voie à un marché informel en pleine expansion.
Sur ce circuit parallèle, les prix connaissent une envolée spectaculaire. Selon une investigation menée par nos confrères du journal « l’indépendant », le litre de gasoil, officiellement fixé à 725 FCFA, se négocie jusqu’à 1 250 FCFA dans certains réseaux clandestins. Une inflation qui pèse lourdement sur les consommateurs, notamment les transporteurs et les professionnels dépendant du carburant pour leurs activités. Le bidon de 20 litres, autrefois accessible, devient un produit de luxe, vendu bien au-delà de son tarif réglementé.
Derrière cette flambée, un mécanisme informel semble s’être structuré. Selon le même journal, des sources concordantes évoquent des détournements partiels lors du transport du carburant, alimentant ainsi des circuits de revente illicites. Ce phénomène contribuerait à accentuer la pénurie dans les circuits officiels, créant un déséquilibre entre l’offre et la demande.
Les conséquences sont visibles à tous les niveaux. Le secteur des transports est particulièrement touché, bus, camions et véhicules de service restent immobilisés faute de carburant. Dans certaines zones, des files de véhicules s’étendent sur plusieurs dizaines de mètres, témoignant de la tension persistante autour de l’approvisionnement. Pour de nombreux usagers, l’accès au gasoil repose désormais davantage sur les réseaux informels que sur les stations-service.
Face à cette situation, les autorités ont mis en place des mesures de rationnement, notamment pour les gros porteurs, avec des volumes limités sur une période donnée. L’objectif affiché est de mieux répartir les ressources disponibles et de freiner la spéculation. Cependant, sur le terrain, ces dispositions peinent à produire les résultats escomptés. Au contraire, certains observateurs estiment qu’elles contribuent indirectement à renforcer le marché noir.
Parallèlement, une révision des prix du carburant a été annoncée. Le gasoil est désormais fixé à 940 FCFA le litre, contre 875 FCFA pour l’essence. Une hausse qui, bien que visant à s’adapter aux réalités du marché, suscite des inquiétudes supplémentaires chez les consommateurs déjà fragilisés par la rareté du produit.
Au-delà de la question des prix, cette crise révèle des failles structurelles dans la chaîne d’approvisionnement et de distribution. Entre les volumes annoncés et ceux réellement disponibles à la pompe, l’écart reste difficile à expliquer. Problèmes logistiques, insuffisance de contrôle ou pratiques frauduleuses, les interrogations persistent.
En attendant des réponses concrètes, les Bamakois continuent de s’adapter, souvent au prix.
Abdallah Keïta
