
Au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ, l’atmosphère était à la fois solennelle et vibrante, ce jeudi 23 avril 2026. Sous l’impulsion de l’organisation citoyenne Éveil Mali, en partenariat avec le Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC), autorités traditionnelles, leaders religieux et jeunes se sont retrouvés autour d’une même table pour repenser leur rôle dans le développement communautaire.
Dès l’ouverture, le ton est donné dans le respect des coutumes. Le griot Mambé Camara, figure de la recotrade commune II, prend la parole en premier. Par ses mots empreints de sagesse, il rappelle que cette rencontre n’est pas qu’un simple cadre d’échange, mais un espace de transmission entre générations, où la parole devient un outil de construction collective.
Dans la foulée, Habib Cissé, coordinateur des chefs de quartier du district de Bamako, souhaite la bienvenue aux participants. Pour lui, l’initiative dépasse le cadre formel : « C’est une rencontre de patriotisme et surtout de pratique », affirme-t-il, insistant sur la responsabilité historique des jeunes dans l’avenir du Mali.
Même son de cloche du côté des autorités communales. Boubacar Diadié, maire de la commune V, salue une initiative « capitale » qui met en relation deux forces complémentaires : « Les légitimités traditionnelles ont le savoir, les jeunes ont la technologie. De leur dialogue ne peut sortir que du positif », estime-t-il, promettant l’engagement total de la mairie pour accompagner cette dynamique.
Au cœur de cette mobilisation, le président d’Éveil Mali, Hamma Cissé, déroule la vision de son organisation. Née d’un contexte de crise multidimensionnelle que traverse le Mali depuis plus d’une décennie, Éveil Mali se veut une réponse citoyenne au déficit de civisme et à la faible participation des populations à la gestion des affaires publiques. Apolitique et inclusive, l’organisation met un accent particulier sur les jeunes et les femmes, considérés comme des leviers essentiels du changement.
À travers son projet phare, « Les Ateliers citoyens phase II », Éveil Mali ambitionne de toucher plus de 102 000 bénéficiaires à travers Bamako, mais aussi dans des localités comme Niono et Goundam. Soutenu par le ministère des Affaires étrangères du Royaume du Danemark via le FAMOC, ce programme entend renforcer les capacités des citoyens à s’impliquer activement dans la gouvernance et les réformes en cours.
Pour Hamma Cissé, l’enjeu est clair : « Le Mali ne se construira que par l’effort des Maliens eux-mêmes ». Il insiste sur la nécessité d’un engagement collectif, rappelant que chaque geste compte dans l’édification nationale. Citant l’écrivain Amadou Hampâté Bâ, il souligne que même les actions modestes peuvent engendrer des transformations majeures.
Cette journée d’échanges s’inscrit dans une série d’initiatives déjà menées à Goundam et Niono, visant à impliquer davantage les leaders communautaires dans la sensibilisation des populations. L’objectif : créer un pont entre l’autorité morale des traditions et l’énergie transformative de la jeunesse.
Présidant la cérémonie de lancement, la sous-préfète Mme Touré Sayon Tangara a, quant à elle, insisté sur l’importance de ces ateliers comme cadres de compréhension et d’appropriation des actions publiques. Elle a appelé les populations à une participation active, condition essentielle selon elle pour un développement inclusif et durable.
Lors de cette rencontre, un message fort s’est dégagé : l’avenir du Mali repose sur une synergie d’actions, où chacun, quel que soit son statut, a un rôle à jouer. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et sociaux persistants, Éveil Mali appelle également à un soutien sans faille aux Forces armées maliennes et à une union sacrée contre toutes les formes de menaces.
Dans la salle, jeunes et anciens échangent, débattent, questionnent. Le dialogue est parfois vif, mais toujours constructif. Une chose est sûre : à Bamako, ce jeudi, les générations ne se sont pas opposées. Elles se sont écoutées. Et peut-être, ensemble, ont-elles esquissé les contours d’un Mali plus engagé, plus uni et résolument tourné vers l’avenir.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
