
Parmi les vents de sable, les déplacements de populations et l’insécurité qui fragilisent le Sahel depuis plus d’une décennie, les structures de santé tentent de tenir debout. À Ansongo, dans le nord du Mali, le Centre de Santé de Référence (CSREF) illustre une autre facette de cette bataille silencieuse : celle de la résilience des systèmes de santé face aux crises.
Ici, le Financement Basé sur les Résultats (FBR) est devenu bien plus qu’un simple mécanisme financier. Pour les responsables sanitaires, il représente aujourd’hui un outil de survie, mais aussi un espoir de transformation durable du système de santé.
« Le FBR est venu pour assurer la qualité des soins aux populations. Il permet de recruter du personnel, de motiver les agents et d’acheter du matériel », explique Abdourazarack Soumana, chargé Six au CSREF d’Ansongo et spécialiste certifié du dispositif.
Depuis 2012, le Mali traverse une crise multidimensionnelle qui a profondément affecté le secteur sanitaire. Dans une étude scientifique intitulée « Financement Basé sur les Résultats et atteinte de la Couverture Sanitaire Universelle dans le Sahel : cas du Mali », les chercheurs Lalla F. Traoré, Mamadou N. Traoré et Dramane Dao rappellent que cette crise a entraîné une dégradation de la couverture sanitaire, des déplacements massifs de populations et une pénurie de personnel qualifié dans plusieurs régions du pays.
À Ansongo, ces difficultés ont longtemps pesé sur les structures sanitaires. « Avant le FBR, il fallait parfois attendre que l’État affecte un ou deux agents par an. Aujourd’hui, grâce au financement, toutes les structures ont recruté du personnel qualifié », souligne Abdourazarack Soumana.
Le changement est visible jusque dans les bâtiments. Salles de soins agrandies, rénovation du CSREF, acquisition d’équipements médicaux : les fonds alloués permettent désormais aux structures de santé d’investir directement sans dépendre entièrement de l’aide extérieure.
Dans cette zone marquée par l’insécurité et les urgences humanitaires, l’autonomie financière des centres de santé apparaît comme une réponse concrète aux fragilités du système.
Selon Abasse Maïga, Directeur Technique du Centre de Santé de Tintachorie dans le cercle de Tallataye relevant du CSREF d´Ansongo, l’insécurité, l’état des routes, le manque de médicaments et de partenaires compliquent les activités sanitaires. Malgré cela, grâce au FBR, le centre a renforcé la sensibilisation communautaire, amélioré la fréquentation des services de santé et réduit les accouchements à domicile.
Pour Abdoulaye Aguissa Maïga, Directeur Technique du centre de santé de Labbezanga, grâce á l’appui du FBR, des efforts sont menés pour renforcer les interventions dans les zones difficiles d’accès et assurer la continuité des soins. Auparavant, le centre faisait face à plusieurs difficultés « le manque de motivation du personnel, l’insécurité, les difficultés d’accès à certaines zones, les problèmes d’approvisionnement en médicaments ainsi que l’insuffisance des équipements et de l’électricité ». Poursuit-il.
À Tadjalalt, dans le cercle de Tessit, le Directeur Technique Abdoulmoumini Assiaka souligne que le centre connaît d’importantes difficultés en ressources humaines et en équipements, mais que le soutien du FBR favorise une amélioration progressive des services.
Le principe du FBR repose sur une logique simple : les structures sanitaires reçoivent des financements en fonction des résultats obtenus et des performances réalisées. Selon les chercheurs maliens, ce mécanisme peut contribuer à améliorer l’accès aux soins essentiels, réduire les inégalités sanitaires et renforcer la gouvernance dans les contextes de crise.
À Ansongo, les effets se mesurent aussi dans la fréquentation des centres de santé. « Dès qu’il y a du personnel qualifié, les communautés ont confiance et fréquentent davantage les structures. Si l’on compare les années avant et après le FBR, les indicateurs sont clairement à la hausse », indique le chargé six du centre.
Au-delà de la qualité des soins, le dispositif cherche également à préparer les structures sanitaires à l’après-projet. Une partie des financements est systématiquement mise en réserve afin de garantir une continuité minimale des activités en cas d’arrêt du programme.
Le CSREF d’Ansongo affirme ainsi avoir déjà constitué une réserve de plus de 50 millions de FCFA pendant la première phase du projet. « Même si le projet s’arrête demain, nous avons des ressources qui permettront de continuer à fonctionner pendant un certain temps », assure Abdourazarack Soumana.
Pour les auteurs de l’étude scientifique, le Financement Basé sur les Résultats pourrait constituer un levier stratégique pour atteindre la Couverture Sanitaire Universelle au Mali malgré le contexte de crise. Ils estiment que ce modèle offre l’opportunité de bâtir un système de santé « plus efficace, plus équitable et plus résilient ». Une vision déjà défendue par Assa Badiallo Touré qui, lors du lancement du projet en 2025, avait présenté cette initiative comme un tournant majeur pour le système sanitaire malien. Selon elle, ce programme devait permettre de renforcer les structures de santé, d’améliorer l’accès aux soins de qualité pour tous les citoyens et de mieux répondre aux défis sanitaires, notamment en garantissant des accouchements sécurisés, la vaccination des enfants et une meilleure prise en charge des patients.
À Ansongo, cette résilience ne se résume pas à des chiffres ou à des rapports administratifs. Elle se traduit chaque jour par des centres de santé qui restent ouverts malgré les crises, du personnel qui continue de soigner et des populations qui retrouvent progressivement confiance dans leur système de santé.
Dans le Sahel, où les crises sécuritaires et humanitaires mettent à rude épreuve les services publics, l’expérience d’Ansongo montre que la résilience des systèmes de santé se construit aussi à travers des mécanismes capables de redonner aux structures locales les moyens d’agir, d’anticiper et de résister.
Par Djibrilla Touré
