
La Confédération des États du Sahel (AES) s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de ses relations avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Réunis le 16 octobre 2026 à Ouagadougou, les ministres chargés du pilotage de la Confédération ont harmonisé leurs positions avant les premières négociations formelles entre les deux organisations, prévues les 17 et 18 octobre à Dakar, au Sénégal. Au cœur des discussions : la reconnaissance de l’identité institutionnelle de l’AES, le respect de la souveraineté de ses États membres et la définition d’un partenariat régional mutuellement bénéfique.
Cette réunion préparatoire intervient à un moment déterminant pour l’avenir des relations entre les deux ensembles régionaux. Après les consultations engagées à Bamako le 22 mai 2025, l’AES entend désormais structurer ses échanges avec la CEDEAO autour d’une position commune. La rencontre de Ouagadougou, précédée le 14 octobre par les travaux de la Task-force confédérale, visait précisément à établir les fondements politiques et juridiques de ces négociations et à fixer les orientations stratégiques qui guideront les discussions de Dakar.
Présidés par Karamoko Jean Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, les travaux ont réuni les délégations du Burkina Faso, du Mali et du Niger. La délégation malienne était conduite par Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, accompagné de Mossa Ag Attaher, ministre chargé de l’Intégration africaine. Le Niger était représenté par Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur.
La souveraineté au cœur des négociations
Le message porté par les ministres est clair : l’AES entend dialoguer avec la CEDEAO sans renoncer aux principes qui fondent son organisation. Dans leur communiqué, ils affirment vouloir conduire les négociations de bonne foi, dans un esprit d’ouverture, de sérénité et de respect mutuel. La souveraineté des États membres est présentée comme un principe directeur de la défense des intérêts des populations sahéliennes.
Cette position traduit la volonté de la Confédération de faire reconnaître son existence institutionnelle dans ses rapports avec l’organisation ouest-africaine. L’AES plaide ainsi pour un partenariat pragmatique, équilibré et mutuellement avantageux, fondé sur l’égalité des parties et la reconnaissance de sa personnalité juridique et institutionnelle. Elle souhaite également préserver les acquis de l’intégration régionale et protéger les intérêts des populations ouest-africaines.
L’enjeu des rencontres de Dakar ne se limite donc pas aux modalités des relations entre deux organisations. Il concerne également la capacité des parties à définir un cadre de coopération compatible avec leurs orientations politiques respectives. Pour l’AES, il s’agira de faire valoir son statut confédéral tout en maintenant des possibilités de collaboration régionale. La portée concrète de cette ambition dépendra toutefois des positions défendues par les deux parties et des compromis susceptibles d’être trouvés au cours des négociations.
Défense, diplomatie et développement : les trois piliers mis en avant
Avant d’aborder les discussions avec la CEDEAO, les ministres ont également dressé un bilan des avancées enregistrées dans les trois piliers de la Confédération : la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement. Le communiqué souligne notamment les résultats que les autorités de l’AES estiment avoir obtenus dans la lutte contre le terrorisme.
Les responsables ont rendu hommage aux Forces de défense et de sécurité pour leur engagement et les sacrifices consentis. Ils ont également honoré la mémoire des victimes du terrorisme et salué la résilience des populations des trois pays. Ces déclarations rappellent que les questions sécuritaires occupent une place centrale dans les priorités de la Confédération et constituent l’un des fondements de sa coopération interne.
Pour autant, les négociations avec la CEDEAO devront aussi permettre de préciser les domaines dans lesquels les deux organisations pourront maintenir ou développer des relations. La préservation des acquis de l’intégration régionale, expressément mentionnée par les ministres, témoigne de l’importance des enjeux économiques, institutionnels et humains liés à l’évolution de leurs rapports.
Dakar, une première épreuve diplomatique
La réunion de Ouagadougou a été conduite sous les orientations des dirigeants des trois pays : le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président de la Confédération de l’AES, le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali, et le général d’armée Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger.
Les ministres ont adressé une motion spéciale de remerciements au président burkinabè pour son leadership, tout en saluant l’accueil réservé aux délégations malienne et nigérienne par le gouvernement et le peuple burkinabè.
Désormais, l’attention se porte sur Dakar, où les premières négociations formelles des 17 et 18 octobre devront donner une traduction diplomatique aux orientations arrêtées à Ouagadougou. La Confédération veut y défendre une relation fondée sur l’égalité, la reconnaissance institutionnelle et le respect de la souveraineté. Reste à savoir dans quelle mesure ces principes pourront se concrétiser dans un cadre de coopération accepté par les deux parties.
En dehors des déclarations de principe, les résultats de ces échanges permettront d’apprécier la marge de rapprochement entre l’AES et la CEDEAO. Pour les populations de la région, les attentes portent notamment sur la préservation des liens économiques et humains, la coopération sécuritaire et la stabilité des relations entre les États ouest-africains. Dakar constitue ainsi un premier rendez-vous diplomatique majeur pour préciser les contours de cette nouvelle relation régionale.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
