
Dans son somptueux bureau de l’Autorité Malienne de Régulation des Télécommunications et des Postes (AMRTP), à Bamako, l’homme dégage une sérénité désarmante. Son teint clair, sa stature droite et son regard franc trahissent la simplicité et la détermination de toute une vie. À quelques années de la retraite, Issoufi Kouma Maïga n’est pas simplement un administrateur chevronné. Il est avant tout un homme de terrain, de foi et de cœur, animé par une conviction profonde : rendre à sa communauté ce que la vie lui a offert.
Des racines paysannes à la fibre du progrès
« Mon parcours est simple, comme celui de tout citoyen », confie-t-il humblement. Né dans une famille paysanne du village de Bara, Issoufi Kouma Maïga a très tôt été bercé par le sens du collectif. Sa mère, femme ménagère mais leader engagée de l’Union Nationale des Femmes du Mali (UNFM), et son frère, acteur politique de proximité, lui ont transmis l’amour du service communautaire.
De son village natal jusqu’à Bamako, le jeune Issoufi trace son chemin avec courage. Il décroche son baccalauréat technique en 1986, avant de s’envoler pour l’Union Soviétique, à Odessa, aujourd’hui en Ukraine. Durant six années, il y forge son avenir et en revient ingénieur en télécommunications. À son retour, il intègre la SOTELMA, où il met son savoir au service du développement technologique du Mali.
De 2003 à 2008, Issoufi Kouma Maïga occupe le poste de chef du service ingénierie et gestion des projets. Il supervise notamment le projet de la fibre optique, reliant Bamako à Sikasso et Zégoua. Son engagement dépasse alors les simples chiffres et câbles : il relie des vies, rapproche des localités autrefois isolées. « Quand on amène le téléphone dans des villages où les gens n’avaient jamais communiqué à distance, voir leur joie, c’est quelque chose d’inoubliable », se souvient-il avec émotion.
Son rôle d’administrateur à l’AMRTP, sous la direction de l’ancien PM, Choguel Kokalla Maïga, marque une nouvelle étape : celle d’un technicien devenu bâtisseur de ponts humains.
L’homme d’engagement et de partage
Issoufi Kouma Maïga ne conçoit pas le travail sans partage. « Tout ce que je gagne, une grande partie doit aller vers mes concitoyens », affirme-t-il. Qu’il s’agisse d’aider dans son quartier de Bamako ou dans sa commune rurale de Bara, il agit avec le même élan de solidarité.
Son leitmotiv : les “3P” People, Planet, Profit. “People”, pour améliorer la qualité de vie des citoyens. “Planet”, pour protéger la nature, planter des arbres, préserver l’eau. “Profit”, non pas pour soi, mais pour la communauté.
C’est ainsi qu’il a financé la construction de deux forages d’eau potable à Bara, mettant fin à des années de consommation d’eau du fleuve source de nombreuses maladies. Pour lui, donner de l’eau, c’est donner la vie. Il soutient aussi la plantation d’arbres, convaincu que chaque arbre planté est une bénédiction pour les générations futures.
Fidèle à ses convictions, Issoufi Kouma Maïga reste avant tout un homme de foi. « Le défi, c’est de rester un bon musulman, reconnaissant envers ma commune et ma famille », confie-t-il. Son modèle ? Son défunt frère Oumar Touré, dont l’altruisme continue de l’inspirer.
Visionnaire, il croit fermement que le développement durable du Mali repose sur sa jeunesse. Il appelle à la création d’activités locales : maraîchage, couture, artisanat, jardinage… Autant de leviers pour retenir les jeunes dans leurs villages et stopper l’exode rural. Son conseil aux jeunes ? « Ayez des objectifs clairs, soyez persévérants, et surtout, croyez en Dieu. La vie a ses hauts et ses bas, mais rien n’est impossible quand on est engagé. »
À l’aube de la retraite, Issoufi Kouma Maïga rêve de retourner dans sa localité, d’y créer une ONG dédiée au développement communautaire et à la bonne gouvernance. Son ambition : inspirer, rassembler et continuer à servir.
« Je ne veux rien pour moi, mais je veux pour les autres. Tant que j’ai à manger et que je dors bien, le reste, il faut le partager. »
Son parcours illustre une vérité simple et rare : celle d’un homme dont la grandeur ne réside pas dans les titres ou les honneurs, mais dans la constance de son engagement et la sincérité de son cœur.
De la fibre optique à la fibre humaine, Issoufi Kouma Maïga aura passé sa vie à connecter les Maliens, non seulement par la technologie, mais surtout par la solidarité, la foi et la fraternité.
Un bâtisseur discret, un humaniste convaincu, et surtout, un citoyen exemplaire qui incarne l’esprit d’un Mali qui avance.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
