
Dans le cadre de la restauration de l’autorité de l’État sur les sites miniers d’Intahaka, dans la région de Gao, le gouvernement du Mali a instruit aux Forces armées maliennes (FAMa) de mettre fin aux activités d’exploitation illégale.
Selon un communiqué diffusé sur l’ORTM et relayé par plusieurs radios locales, le commandement du théâtre Est de l’opération Dougoukoloko a ordonné la cessation immédiate de toutes les activités illégales sur ces sites. Les occupants disposent d’un délai allant jusqu’au 25 octobre pour libérer les lieux.
Des images parvenues à notre rédaction montrent déjà la présence des FAMa sur le terrain, marquant ainsi le début d’une opération de sécurisation et de reprise du contrôle par l’État.
Cette décision, saluée par certains, suscite aussi des inquiétudes. Car Intahaka n’est pas seulement un site d’orpaillage, mais un véritable village dynamique, abritant des milliers de jeunes venus de Gao, du Niger, du Nigeria, du Tchad ou encore du Soudan.
Autour de l’exploitation aurifère se sont développées de nombreuses activités économiques : commerce, restauration, transport, services numériques, etc. Pour plusieurs jeunes, ce lieu représentait une alternative à la pauvreté et à l’exil.
« Je gagne mon condiment dans la gestion de mon wifi. Si on nous demande de partir, comment allons-nous faire pour vivre ? », confie, sous anonymat, un exploitant joint au téléphone par notre rédaction.
Le général de brigade Mamadou Massaoulé Samaké, commandant du théâtre Est de l’opération Dougoukoloko, justifie cette opération par la volonté de faire appliquer la loi. Selon lui, l’État malien a attribué un permis de recherche d’or à la Société malienne de recherche et d’exploitation des ressources minières (SOMAREM) sur le périmètre d’Intahaka.
« Les FAMa vont procéder à la restauration de l’autorité de l’État dans cette commune », a-t-il déclaré.
Pour Aly Maïga, expert en gouvernance et sécurité, la décision de fermer le site mérite d’être réévaluée. Dans une note d’analyse largement partagée, il souligne qu’Intahaka représentait une source de revenus stable et une alternative à la précarité économique et à l’insécurité ambiante. « Certains jeunes avaient appartenu à des groupes armés, occupant parfois des postes de coordination au sein de l’exploitation. Cette réalité rend la situation particulièrement sensible », explique-t-il.
L’expert invite plutôt le gouvernement à contrôler et encadrer ces sites au lieu de les fermer brutalement. « Le gouvernement doit déployer des mesures pour réguler le site, et non le fermer », insiste Aly Maïga.
Cette opération à Intahaka illustre la volonté de Bamako de réaffirmer l’autorité de l’État dans les zones longtemps restées sous influence de groupes armés ou de réseaux économiques informels. Mais elle pose aussi la question du devenir des milliers de jeunes qui vivaient directement ou indirectement de cette activité.
Entre sécurisation et cohésion sociale, le pari s’annonce délicat.
Par Djibrilla Touré
