
Suite aux nombreux témoignages saluant les œuvres remarquables de l’Association Malienne pour la Solidarité et le Soutien (AMSS) en faveur des populations de Tombouctou, l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM) a marqué un arrêt lors de sa tournée dans la région pour faire un focus sur cette organisation. Créée en 1991 et devenue opérationnelle dès 1992, l’AMSS s’est imposée comme un acteur majeur du développement local et national, employant aujourd’hui plus de 400 personnes à travers ses différentes zones d’intervention. Dans cet entretien, Moussa Cissé, Coordinateur régional de l’AMSS à Tombouctou, retrace les actions entreprises par l’ONG pour soutenir les jeunes et les communautés de la cité des 333 saints.
Africa-Scoop : Pouvez-vous nous présenter la mission et les objectifs principaux de l’AMSS ?
Moussa Cissé : La mission de l’AMSS est avant tout de concevoir et de mettre en œuvre des projets et programmes de développement en étroite collaboration avec les populations bénéficiaires. Notre approche consiste à placer ces populations au centre de toutes les actions qui les concernent.
Autrement dit, nous ne développons pas des projets pour les populations, mais avec elles, afin de favoriser leur appropriation et d’assurer la durabilité des interventions.
Quelles actions concrètes avez-vous mises en place pour répondre aux défis des populations, notamment dans la région de Tombouctou ?
Nos actions sont toujours basées sur les besoins réels exprimés par les communautés. Un projet est conçu pour répondre à un défi précis rencontré sur le terrain.
À Tombouctou, nous intervenons notamment dans le domaine de l’éducation, aussi bien formelle qu’informelle. L’éducation informelle se traduit par la stratégie de scolarisation accélérée, communément appelée programme passerelle. Elle permet de récupérer des enfants non scolarisés ou déscolarisés, souvent au-delà de l’âge scolaire normal. Après une formation accélérée de neuf mois, ces enfants sont réintégrés dans le système éducatif formel.
Parallèlement, nous intervenons dans la formation professionnelle des jeunes. Le chômage étant une problématique nationale, il est urgent de proposer des alternatives concrètes pour limiter la migration liée au manque d’opportunités. Tombouctou étant un point de transit important, nous accompagnons les jeunes à travers des microprojets et des activités génératrices de revenus, avec l’appui de nos partenaires, afin qu’ils puissent contribuer activement au développement local.
Comment évaluez-vous l’impact de vos programmes sur les communautés locales ?
Tout n’est certes pas parfait, mais avec plus de trente ans de présence à Tombouctou l’AMSS ayant été créée en 1991 et devenue opérationnelle en 1992 nous pouvons affirmer avec fierté que nos actions ont largement contribué à la dynamique de développement de la région.
Nous intervenons aujourd’hui dans plusieurs communes où des projets structurants ont été mis en œuvre. Les impacts sont visibles, notamment dans la commune urbaine de Tombouctou. Les actions d’assainissement, par exemple, ont permis d’améliorer la salubrité des rues et des espaces publics. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de projets financés par l’État malien et la Banque mondiale, à travers le ministère de l’Économie, et mis en œuvre en partenariat avec l’AMSS.
Sur le plan économique, de nombreux jeunes ont bénéficié de notre accompagnement et tiennent aujourd’hui des restaurants, des ateliers ou de petites entreprises. Des femmes commerçantes ont également pu lancer et développer leurs activités.
Dans le domaine de l’éducation, notre contribution à la lutte contre l’analphabétisme est significative, tout comme la mise en place de centres de formation professionnelle, opérationnels aussi bien en milieu urbain que rural.
En matière de protection, nous disposons d’un centre d’écoute qui fait aujourd’hui la fierté de la région. Il accueille notamment des femmes victimes de violences et leur offre un accompagnement psychosocial ainsi que des kits de dignité, dans le respect total de la confidentialité. Ce centre suscite d’ailleurs l’intérêt de nombreux partenaires.
Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face dans la mise en œuvre de vos activités ?
Le principal défi reste la rareté des financements, notamment suite à l’arrêt de certains financements internationaux. Ce phénomène, qui est d’ailleurs mondial, a entraîné la suspension de plusieurs projets, aussi bien pour l’AMSS que pour d’autres organisations partenaires.
Cette situation nous oblige à repenser nos stratégies, notamment en nous orientant vers des consortiums avec des organisations nationales et internationales, afin de continuer à répondre aux besoins essentiels des populations. Malgré tout, l’espoir demeure et nous espérons que les années à venir seront plus favorables.
La situation sécuritaire affecte-t-elle vos interventions sur le terrain ?
L’insécurité existe, c’est une réalité. Toutefois, il est important de noter que la situation actuelle n’est pas comparable à celle de 2012. La tenue récente de la Biennale artistique et culturelle à Tombouctou, un événement de portée nationale, en est une preuve éloquente.
Même si des incidents peuvent survenir, l’essentiel pour les acteurs humanitaires reste l’accès aux populations. Aujourd’hui, grâce à la présence de nos équipes dans les cercles et les communes composées de plus de 400 agents à l’échelle nationale nous parvenons à maintenir nos activités et à rester proches des communautés bénéficiaires.
Quels sont vos projets futurs et comment la communauté peut-elle contribuer à leur réussite ?
Chaque année, nous organisons des ateliers de bilan et de capitalisation qui réunissent l’ensemble des parties prenantes : bénéficiaires, services techniques, collectivités et administration. Ces cadres permettent d’évaluer les actions menées, d’identifier les insuffisances et de formuler des recommandations traduites ensuite en plans d’action.
Cette démarche favorise l’appropriation des projets par les populations, car un projet n’appartient pas à l’AMSS, mais bien aux communautés bénéficiaires. Leur implication est donc essentielle pour la poursuite et la pérennisation des actions.
L’AMSS est-elle présente dans d’autres régions du Mali ?
Oui. L’AMSS a été créée à Tombouctou, mais elle a progressivement étendu son champ d’intervention. Aujourd’hui, nous disposons de bureaux à Gao, Ménaka, Mopti (pour les régions de Bandiagara et de Douentza), Ségou, Sikasso, en plus de Tombouctou. Cette couverture nationale nous permet d’adapter nos interventions aux réalités spécifiques de chaque région.
Propos recueillis par Abdrahamane Baba Kouyaté, depuis Tombouctou
