
Atteindre le périmètre irrigué d’Amadja, aux environs de Tombouctou, relève encore du parcours du combattant. Pistes dégradées, passages impraticables et accès aléatoires rythment le quotidien des producteurs agricoles. Cette difficulté d’accès, loin d’être anodine, pèse lourdement sur l’activité agricole et, plus largement, sur l’économie régionale.
Président du périmètre irrigué d’Amadja, Mahamane Gobi ne cache pas son inquiétude. « Vous-même, vous avez visité. Vous avez vu comment vous êtes arrivés ici. Vraiment, nous n’avons pas de route. Même l’accessibilité aux champs pose problème, que ce soit pour venir exploiter ou pour évacuer les productions », témoigne-t-il. S’étendant sur plus de 620 hectares et regroupant 29 sections issues de plusieurs villages et de la commune de Toya, le périmètre constitue pourtant un espace agricole stratégique, reconnu pour la qualité de son riz et de ses cultures maraîchères.
Mais sans routes praticables, l’effort des exploitants se heurte à de multiples obstacles. « Le désenclavement est un vrai frein à notre activité agricole. Sans route, tout devient compliqué : le travail des exploitants, l’entretien des champs, le transport des intrants et l’écoulement des récoltes », insiste Mahamane Gobi, appelant l’État à intervenir en priorité sur la question de l’accessibilité.
Ce constat est largement partagé par les autorités régionales. Le gouverneur de la région de Tombouctou, Bakoun Kanté, considère le désenclavement comme le principal défi structurel du territoire. « L’absence de routes praticables constitue un frein sérieux au développement économique, à l’accès aux services sociaux de base et à la sécurisation des personnes et des biens », souligne-t-il. Selon lui, la faiblesse des axes routiers explique en grande partie la dépendance de la région vis-à-vis de la Mauritanie et de l’Algérie pour son approvisionnement, faute d’un accès fluide depuis le sud du pays.
Pour le président de la Délégation spéciale du Conseil régional de Tombouctou, Issaka Nazoum, l’état des routes conditionne directement la mobilité, la sécurité et la participation aux activités économiques. « Sur quatorze personnes attendues pour un déplacement, seules cinq ont pu effectuer le voyage, les autres ayant renoncé par crainte pour leur sécurité sur des axes routiers dégradés ou impraticables », explique-t-il. Cette situation oblige parfois les autorités à recourir au transport aérien, une solution coûteuse et limitée.
L’isolement actuel freine les marchés, limite les échanges et accentue la vulnérabilité économique de la région. Pour Issaka Nazoum, l’achèvement et la fréquentation régulière des routes permettraient de réduire l’insécurité, de stimuler les échanges commerciaux et de favoriser la libre circulation des personnes et des biens. Il assure que les besoins exprimés par les populations sont recensés et intégrés dans les plans opérationnels, puis transmis à l’État et aux partenaires techniques, rappelant que les grands projets d’infrastructures relèvent avant tout de la responsabilité de l’État, avec l’appui des collectivités territoriales.
À Amadja comme dans l’ensemble de la région de Tombouctou, le désenclavement apparaît désormais comme une urgence absolue. Pour les producteurs agricoles, il ne s’agit pas seulement de faciliter les déplacements, mais de préserver leurs moyens de subsistance et de garantir la sécurité alimentaire. Sans routes, préviennent-ils, les terres fertiles risquent de rester enclavées, et les récoltes, condamnées à ne jamais atteindre les marchés.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
