
Réalisée dans le cadre de la tournée régionale de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM), cette interview du gouverneur de la région de Tombouctou, Bakoun Kanté, dresse un tableau lucide de la situation régionale. Entre immenses potentialités économiques et défis structurels persistants, le chef de l’exécutif régional livre une analyse sans détour.
Africa-Scoop : Tombouctou est souvent associée au tourisme. Quelle est aujourd’hui la situation de ce secteur ?
Le tourisme est un pilier fondamental de l’économie régionale. Pendant longtemps, l’essentiel des revenus provenait de ce secteur.
Depuis la crise de 2012, le tourisme a été durement affecté, mais aujourd’hui, grâce à la culture, aux efforts des autorités et surtout aux sacrifices des populations notamment des femmes la situation commence à s’améliorer.
Progressivement, Tombouctou redevient une destination fréquentée. Cette dynamique est encourageante et mérite d’être soutenue, car elle montre que la région se relève.
En dehors du tourisme, quelles sont les potentialités économiques majeures de la région ?
Beaucoup ignorent que Tombouctou est une grande région agricole. Elle est même la deuxième région agricole du Mali.
Durant plusieurs mois de l’année, nous pouvons cultiver, mais les potentialités sont exploitées à moins de 20 %. Nous disposons de milliers d’hectares de terres irrigables encore inexploitées.
À cela s’ajoutent l’élevage, la pêche et les ressources liées au fleuve Niger, qui traverse la région sur plus de 400 kilomètres.
Contrairement aux idées reçues, Tombouctou est une région naturellement riche.
La jeunesse est au cœur des priorités. Où en est le projet de l’Université de Tombouctou ?
Le développement passe nécessairement par l’éducation. C’est dans cette logique que la création de l’Université de Tombouctou est une avancée majeure.
La région a déjà mis à disposition 1 000 hectares au profit du ministère de l’Enseignement supérieur.
Nous plaidons également pour l’opérationnalisation rapide de l’université dans des locaux existants, notamment ceux de l’Institut Ahmed Baba, afin d’éviter que nos bacheliers surtout les jeunes filles n’abandonnent leurs études faute de moyens pour aller à Bamako.
Quel rôle jouent les partenaires dans l’accompagnement des étudiants ?
Leur rôle est déterminant. Plusieurs partenaires prennent en charge des étudiantes et étudiants, notamment en matière de logement, de restauration et d’accompagnement social.
Je tiens aussi à saluer le courage et l’engagement des enseignants de Tombouctou, qui exercent souvent dans des conditions difficiles mais avec un grand sens du devoir.
Qu’en est-il du secteur de la santé dans la région ?
La carte sanitaire de la région nécessite encore un appui conséquent de l’État et des partenaires. Des efforts sont en cours, mais les besoins restent énormes.
L’accès aux services sociaux de base demeure un défi majeur compte tenu de l’immensité du territoire et de la dispersion des populations.
La situation sécuritaire s’est-elle améliorée ces derniers temps ?
Oui, il y a une amélioration notable de la situation sécuritaire. Elle est le fruit des sacrifices quotidiens des Forces de défense et de sécurité, mais aussi de l’engagement des populations.
Nous insistons beaucoup sur la cohésion sociale. Il faut éviter les amalgames en cas d’incident et faire confiance aux autorités compétentes. La paix durable repose aussi sur l’acceptation mutuelle et le vivre-ensemble.
Les infrastructures, notamment routières, restent-elles un frein au développement ?
Le désenclavement est l’un des plus grands défis de la région. Le manque de routes praticables freine l’économie, complique l’accès aux services et pose des difficultés sécuritaires.
La route reliant Tombouctou au reste du pays est une priorité stratégique. Son achèvement facilitera la mobilité des personnes et des biens et renforcera l’intégration économique de la région.
Aujourd’hui, une grande partie de l’approvisionnement se fait depuis la Mauritanie et l’Algérie, faute d’un accès fluide depuis le sud du Mali.
Qu’en est-il des chantiers en cours, notamment le stade ?
Les travaux du stade vont se poursuivre. Des assurances fermes ont été données par les autorités.
Les retards constatés sont liés principalement à des difficultés logistiques rencontrées par l’entreprise en charge des travaux, notamment pour l’acheminement des matériaux.
Concernant les zones d’habitation prévues, l’État a déjà procédé aux travaux de viabilisation. Les opérateurs privés sont désormais invités à investir.
Des rumeurs évoquent l’existence de ressources minières ou pétrolières dans la région. Confirmez-vous ces informations ?
J’ai entendu ces rumeurs, mais je n’ai reçu aucune information officielle à ce sujet.
Si de telles ressources étaient confirmées et exploitées dans les règles, cela représenterait une opportunité importante pour la région. Pour l’instant, rien n’est établi officiellement.
En conclusion, quel message souhaitez-vous adresser ?
Tombouctou a souffert, mais Tombouctou tient debout.
C’est une région pleine de potentialités, avec des populations résilientes. Si nous réussissons les défis de la sécurité, de l’accessibilité et de l’investissement dans les secteurs clés, la région retrouvera pleinement sa place dans le développement national.
Réalisée par Abdrahamane Baba Kouyaté de retour de Tombouctou
