
Face aux défis croissants de l’emploi des jeunes diplômés, Momentum Africa, en collaboration avec la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FSEG), a organisé une conférence publique sur le thème de l’adaptation de la formation à l’emploi et aux exigences de l’employabilité, ce jeudi 29 janvier 2026, sur la colline de Badalabougou.
La rencontre a mobilisé un public composé d’étudiants, de membres du corps professoral et des responsables du groupe Momentum Africa, tous venus réfléchir à l’avenir professionnel des jeunes maliens. L’objectif affiché était clair : orienter et inciter les étudiants à emprunter la voie entrepreneuriale, afin de réduire la pression sur le marché salarial et favoriser l’auto-emploi.
Dans son allocution, Djénéba Traoré, ancienne rectrice, a replacé le débat dans une perspective historique. « Chaque phénomène observable s’explique par un enchaînement de faits historiques ou naturels qui l’ont précédé », a-t-elle rappelé, avant de souligner que, malgré les nombreuses réformes éducatives engagées depuis 1962, le système éducatif malien reste insuffisamment décolonisé.
Selon elle, l’un des leviers majeurs de cette transformation réside dans une meilleure intégration des langues nationales dans le cursus scolaire. « Chaque apprenant doit pouvoir se retrouver sans faire recours à un tiers », a-t-elle insisté. Pour Djénéba Traoré, le Mali fait face à un défi structurel urgent : adapter rapidement son système éducatif afin de former des jeunes compétents, innovants et en phase avec les besoins réels du marché de l’emploi, ce qui suppose des études approfondies sur les attentes du marché.
De son côté, Ousmane Oumarou Sidibé, ancien ministre commissaire au Développement institutionnel, a dressé un constat sans détour. « Le problème de l’employabilité est extrêmement énorme », a-t-il affirmé, pointant des attitudes et compétences souvent jugées insuffisantes par les entreprises. Les statistiques, a-t-il rappelé, indiquent que seuls 9 % des jeunes Africains ont accès à une formation professionnelle de qualité.
Au Mali, les méthodes d’apprentissage sont, selon lui, peu adaptées aux réalités de l’emploi, ce qui fragilise l’insertion professionnelle des diplômés. Face à ce constat, Ousmane Oumarou Sidibé estime que l’employabilité et l’acquisition de compétences entrepreneuriales doivent devenir une mission fondamentale des universités. « L’employabilité ne doit pas être seulement théorique ; elle doit reposer sur des engagements mutuels entre l’État, les universités et les entreprises », a-t-il plaidé.
Abordant les mutations du monde du travail, il a alerté sur l’évolution rapide du marché de l’emploi. D’ici 2030, a-t-il expliqué, l’intelligence artificielle, l’analyse des données et la cybersécurité devraient représenter plus de 50 % des emplois. « Les compétences techniques seules ne suffiront plus », a-t-il conclu, appelant à former les jeunes dès maintenant pour relever ces nouveaux défis.
À travers cette conférence, Momentum Africa et la FSEG réaffirment ainsi leur volonté de faire de l’université un véritable tremplin vers l’emploi et l’entrepreneuriat, en phase avec les réalités économiques et technologiques du Mali et du monde.
Maryam Kouyaté
