
La Libye replonge dans l’incertitude. Saïf al-Islam Kadhafi, fils cadet de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a été assassiné par balles ce mardi 3 février à son domicile de Zintan, dans le nord-ouest du pays. Il était âgé de 53 ans. L’annonce a été confirmée par des membres de son bureau politique ainsi que par des proches de la famille.
Moins de trois semaines après la mort, accidentelle ou non, de Mohamed Al-Haddad, chef de l’armée de l’Ouest libyen, l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi relance les spéculations. Pour de nombreux Libyens, le calendrier de cette opération interroge et nourrit les soupçons. Simple coïncidence ou signe d’un enchaînement d’événements aux répercussions politiques et sécuritaires plus larges ? Le timing de cette attaque soulève de nombreuses questions au sein de l’opinion publique.
Selon plusieurs médias libyens, des hommes armés et masqués ont fait irruption dans sa résidence avant de l’abattre. Des témoins cités par la chaîne Al-Hadath indiquent que Saïf al-Islam aurait tenté de se défendre avec son arme personnelle. Il aurait survécu à plusieurs tentatives d’assassinat au cours des dernières années, dans un contexte sécuritaire marqué par les rivalités armées et l’absence d’un État central fort.
Les circonstances exactes de cet assassinat restent floues. Plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile ont appelé à l’ouverture d’une enquête urgente et transparente afin d’identifier les auteurs et les commanditaires de cette attaque, dans un pays où l’impunité demeure largement répandue.
Figure controversée de la scène politique libyenne, Saïf al-Islam Kadhafi occupait une place singulière dans l’histoire récente du pays. Longtemps présenté comme l’héritier politique de son père avant la chute du régime en 2011, il avait tenté ces dernières années de revenir sur le devant de la scène, notamment en se portant candidat à l’élection présidentielle de 2021, finalement annulée.
Pour des raisons de sécurité, il menait une vie extrêmement discrète et ne communiquait qu’avec un cercle très restreint. Selon plusieurs observateurs, il faisait partie des rares personnalités à appeler ouvertement à la réunification de la Libye, fragmentée entre autorités rivales et groupes armés. Une position qui aurait pu faire de lui une cible dans un paysage politique profondément polarisé.
Selon les experts, cet assassinat pourrait avoir des répercussions durables sur l’équilibre déjà fragile du pays. La disparition de Saïf al-Islam Kadhafi marque en tout cas un tournant majeur, ravivant les interrogations sur l’avenir politique et sécuritaire de la Libye, plus d’une décennie après la chute du régime Kadhafi.
Par Djibrilla Touré
