
Le dernier point de situation publié par OCHA dresse un tableau contrasté de l’accès humanitaire au Mali. Si les chiffres de janvier 2026 laissent apparaître une baisse du nombre d’incidents par rapport à la moyenne annuelle précédente, l’environnement opérationnel demeure marqué par une insécurité diffuse et des menaces de plus en plus étendues géographiquement.
Selon les données rendues publiques le 17 février, 81 incidents liés à l’accès humanitaire ont été enregistrés en janvier. Un niveau inférieur à la moyenne mensuelle de 2025, établie à 68 incidents, traduisant un recul estimé à 19 %. En décembre, 55 incidents avaient été signalés, confirmant une tendance à la baisse sur la période récente.
Mais derrière cette amélioration relative se cache une réalité plus complexe. L’espace humanitaire reste sous pression, notamment en raison de la multiplication des engins explosifs improvisés. Ces dispositifs représentent à eux seuls plus de la moitié des incidents documentés en janvier, soit 26 cas. Comparé à la moyenne mensuelle de 2025, évaluée à 30 incidents de ce type, cela correspond à une diminution d’environ 13 %. Toutefois, les humanitaires soulignent que la menace ne faiblit pas, elle change de visage et de territoire.
Longtemps concentrée dans le Nord et le Centre du pays, l’utilisation d’engins explosifs s’étend désormais vers les régions méridionales. Cette évolution inquiète les acteurs de terrain, qui observent un élargissement progressif des zones à risque. Des localités auparavant considérées comme relativement stables enregistrent aujourd’hui des attaques d’envergure, visant non seulement les forces de sécurité, mais aussi des infrastructures stratégiques.
La destruction du pont de Bénéna, dans la région de San, illustre cette dynamique. Cet ouvrage constituait un maillon important pour les échanges et les flux logistiques, notamment vers le Burkina Faso. Sa mise hors service impose désormais des détours coûteux et complique l’acheminement de l’aide. Les chaînes d’approvisionnement humanitaires en subissent directement les conséquences, allongeant les délais et augmentant les coûts opérationnels.
Dans la région de Tombouctou, l’accès à certaines localités reste fortement restreint, indique OCHA. À Léré, les contraintes sécuritaires continuent de limiter les interventions. À Gourma de Niafunké, en revanche, des progrès ont été enregistrés grâce à des initiatives de sensibilisation communautaire, favorisant un climat plus propice à la reprise des activités, précise l’organisation. La situation demeure toutefois fragile à Gourma de Diré, où le déplacement de leaders communautaires et la présence limitée des organisations compliquent la relance des programmes.
Au-delà des obstacles logistiques, la sécurité du personnel humanitaire reste une préoccupation majeure. Si le volume global d’incidents connaît un léger fléchissement, les actes de « violence directe sont en hausse ». « Cinq incidents de ce type ont été rapportés en janvier, contre une moyenne mensuelle de deux l’année précédente, traduisant une augmentation significative » rapporte OCHA.
Les « enlèvements continuent » par ailleurs de constituer un risque tangible. Deux travailleurs humanitaires ont été brièvement kidnappés sur l’axe Gao-Ansongo avant d’être libérés le lendemain, précise-t-elle. Un véhicule dérobé a pu être récupéré à la suite d’une intervention des Forces armées maliennes. Un épisode similaire a été signalé dans la région de Sikasso, le personnel a retrouvé la liberté après quelques jours de captivité, mais le véhicule volé n’a pas été restitué.
Ces événements traduisent une mutation progressive de la crise d’accès. Le nombre total d’incidents peut sembler maîtrisé à court terme, mais la nature des menaces évolue. L’usage accru d’engins explosifs, la diversification des cibles et l’extension des risques vers le Sud redessinent la cartographie de l’insécurité.
Pour les organisations humanitaires, l’enjeu dépasse désormais la simple statistique mensuelle. Il s’agit d’adapter les dispositifs de sécurité, de renforcer le dialogue communautaire et d’anticiper les nouveaux foyers de tension. Car si les chiffres suggèrent un répit relatif, le terrain, lui, rappelle que l’accès aux populations vulnérables demeure un défi permanent.
La rédaction
