
Malgré les avancées enregistrées dans la lutte contre les mines antipersonnel depuis l’adoption de la Convention d’Ottawa en 1997, ces engins continuent de semer la mort et la désolation dans plusieurs régions du monde. Face à cette situation, les Nations unies tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme et appellent les États à renforcer leurs engagements contre ces armes qui frappent majoritairement les populations civiles.
Dans un rapport récemment publié, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) met en garde contre la persistance de la menace représentée par les mines terrestres et les restes explosifs de guerre. L’organisation estime que les progrès réalisés au cours des dernières décennies risquent d’être compromis par un relâchement de la mobilisation internationale.
Selon les données présentées, au moins 1 945 personnes ont perdu la vie en 2024 à la suite de l’explosion de mines ou d’autres engins explosifs hérités des conflits. Durant la même période, 4 325 autres personnes ont été blessées. Des chiffres qui témoignent de l’ampleur d’un phénomène dont les conséquences continuent de se faire sentir longtemps après la fin des affrontements.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit préoccupé par la persistance de ces armes sur les terrains de conflit et dans les zones anciennement touchées par la guerre. Selon lui, les mines antipersonnel continuent d’affecter durablement la sécurité des populations et entravent l’exercice de nombreux droits fondamentaux.
Le rapport souligne que les civils paient le plus lourd tribut. Ils représenteraient près de 90 % des victimes recensées à travers le monde. Les enfants figurent également parmi les catégories les plus exposées, constituant plus de 40 % des victimes civiles enregistrées depuis la fin des années 1990.
Plusieurs pays demeurent particulièrement touchés par ce fléau. Les niveaux de contamination et de victimes les plus élevés ont été observés au Myanmar, en Syrie, en Afghanistan, en Ukraine, au Nigeria, au Mali, au Yémen et au Burkina Faso. Dans ces États confrontés à des conflits ou à une insécurité, les mines et explosifs continuent de limiter les déplacements des populations, l’accès aux terres agricoles et la reprise des activités économiques.
Le Mali figure parmi les pays concernés par cette menace. Les engins explosifs improvisés (EEI), fréquemment utilisés dans le contexte sécuritaire actuel, représentent un risque majeur pour les populations civiles comme pour les forces de défense et de sécurité. Selon plusieurs organisations spécialisées, des centaines d’incidents liés à ces explosifs ont été enregistrés au cours des deux dernières années.
Les régions du Centre et du Nord restent les plus affectées. La présence d’engins explosifs sur les axes routiers et dans certaines zones rurales complique les déplacements, ralentit les activités économiques et accentue la vulnérabilité des communautés déjà confrontées aux conséquences de l’insécurité.
Face à cette réalité, les Nations unies exhortent les États à renforcer les opérations de déminage, à soutenir les victimes et à empêcher toute production, utilisation ou circulation de mines antipersonnel. L’organisation estime que la protection des populations civiles passe nécessairement par une action internationale plus soutenue contre ces armes dont les effets continuent de se faire sentir des décennies après leur déploiement.
Près de trente ans après l’entrée en vigueur de la Convention d’Ottawa, le combat contre les mines est donc loin d’être achevé. Pour l’ONU, l’enjeu n’est plus seulement militaire ou sécuritaire : il s’agit désormais d’une question de droits humains, de développement et de protection des générations futures.
Par ABK
