
L’audience d’Adama Diarra, alias « Ben Le Cerveau », poursuivi pour menaces et injures par le biais d’un système d’information, s’est ouverte ce 27 juillet devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako.
Au cours des débats, l’accusé a rejeté les faits qui lui sont reprochés. Il a reconnu que l’une des voix figurant dans le message vocal incriminé était bien la sienne, mais a soutenu que les menaces évoquées n’étaient dirigées contre aucune personne. Il a également admis avoir tenu des propos injurieux, tout en affirmant qu’ils ne visaient personne en particulier.
Vêtu du maillot vert des Aigles du Mali, Adama Diarra s’est présenté devant la Cour dans un climat calme. Plusieurs de ses camarades de lutte étaient présents dans la salle d’audience pour lui témoigner leur soutien.
Après la vérification de son identité, la Cour a procédé à la lecture des faits qui lui sont reprochés, notamment des injures présumées à l’encontre des autorités de la Transition. L’accusé a reconnu être l’auteur de l’un des messages vocaux versés au dossier, tout en contestant les infractions retenues contre lui.
Les débats ont également porté sur une conversation enregistrée en audio entre Adama Diarra, Ty Chérie et Wadidié Founè Coulibaly projetée dans la salle. Selon l’accusation, il y aurait menacé les autorités de la Transition en évoquant des liens avec certains éléments basés à Kidal si ses revendications n’étaient pas satisfaites.
L’accusé a reconnu l’existence de cet échange, mais a expliqué qu’il s’inscrivait dans les préparatifs d’une manifestation prévue le 20 janvier 2021 en hommage à Modibo Keïta. Il a indiqué avoir reçu, le 19 janvier 2021, une demande de surseoir à cette manifestation, qu’il avait refusée afin de, selon ses termes, « clarifier » la position des autorités à leur égard.
Il a affirmé que les propos tenus dans le message vocal étaient le résultat de la colère et de la déception suscitées par la répression de cette manifestation et par la gestion de la Transition à cette période.
Revenant sur une autre conversation avec la même interlocutrice, Adama Diarra a évoqué une discussion portant sur une somme de 16 millions de FCFA, qui aurait servi à mobiliser des manifestants.
L’accusé est également revenu sur son arrestation en septembre 2023 lors d’une manifestation réclamant l’organisation des élections. Il a expliqué qu’à la date prévue pour sa libération, un nouveau mandat avait été émis à la suite du message vocal objet de la procédure. Il a ajouté avoir échangé avec les plus hautes autorités au sujet de cet enregistrement et a rappelé avoir présenté des excuses publiques, reconnaissant avoir enfreint la loi.
Selon lui, les propos évoquant une rupture avec les autorités relevaient davantage d’un désaccord politique que d’une menace, tandis que les injures visaient uniquement à exprimer son mécontentement auprès de son interlocutrice.
Le ministère public a estimé, pour sa part, que l’évocation d’une rupture avec les autorités pouvait être interprétée comme une menace, d’autant plus qu’Adama Diarra avait siégé au Conseil national de Transition (CNT) et avait eu accès à certaines informations sensibles. L’accusé a répondu que telle n’était pas son intention, tout en reconnaissant que ses propos pouvaient être interprétés différemment.
Au cours de l’audience, le parquet a également évoqué une comparaison avec les précédents régimes, s’interrogeant sur la portée réelle des déclarations de l’accusé à l’égard des autorités actuelles. Adama Diarra a rétorqué que les contextes étaient différents.
Interrogé sur le rôle du mouvement Yéréwolo Debout sur les Remparts, il a affirmé que son organisation avait contribué au départ de la MINUSMA et participé à plusieurs actions de sensibilisation en faveur de la Transition. Il a également indiqué que cet engagement lui avait valu des sanctions de la CEDEAO.
Enfin, les avocats de la défense ont souligné que leur client n’avait jamais été impliqué auparavant dans une affaire portant atteinte au crédit de l’État. Adama Diarra a conclu en affirmant que les propos contenus dans le message vocal devaient être compris comme des alertes plutôt que comme des menaces.
Par Lamine BAGAYOGO
