
Ce jeudi 29 janvier 2026, le terrain de football de Korofina n’avait rien d’ordinaire. Là où résonnent habituellement les cris des supporters et le sifflet de l’arbitre, ce sont des voix de femmes, des applaudissements nourris et des chants de reconnaissance qui ont occupé l’espace. Des centaines de femmes, venues de différents quartiers de Bamako, ont littéralement pris d’assaut la pelouse pour une cérémonie porteuse d’espoir : la remise officielle de matériels, d’équipements, d’intrants et de consommables en faveur des survivantes de violences basées sur le genre (VBG), des aides ménagères, des personnes vivant avec un handicap et des groupements de filles et de femmes.
Organisée par le Consortium Horizon d’Espoir, en partenariat avec le Royaume des Pays-Bas, la cérémonie s’inscrit dans le cadre du projet « Horizon d’Espoir », mis en œuvre par le Groupe Pivot Santé Population (GP/SP), WILDAF Mali et RIPOD. Un projet ambitieux qui, depuis 2018 et plus intensément depuis 2023, œuvre pour l’autonomisation économique des femmes et des filles vulnérables, tout en luttant contre les violences basées sur le genre et en améliorant l’accès à la santé reproductive et aux droits sexuels et reproductifs.
Au cœur de la cérémonie, des chiffres qui parlent. « Le coût total des matériels remis aujourd’hui est estimé à plus de 40 millions de francs CFA », a indiqué Diallo Oumar Allaye, directeur de projet du consortium. Une enveloppe conséquente destinée à renforcer les capacités des One Stop Center de Bamako et à soutenir directement les bénéficiaires du projet. Au total, 80 survivantes de VBG, 80 aides ménagères, 40 personnes vivant avec un handicap et 50 groupes d’apprenantes issus de centres de formation professionnelle ont reçu des équipements pour faciliter leur insertion socio-économique.
Dans son intervention, le chef de quartier de Korofina, Sory Diallo, n’a pas caché la satisfaction de la population. « Toute la commune est honorée par ce geste. Ces matériels redonnent de la dignité et de l’espoir à nos femmes », a-t-il déclaré, avant d’adresser de vifs remerciements aux partenaires et de conclure par des bénédictions pour le pays.
Même tonalité du côté du maire de la Commune I du district de Bamako, Oumarou Togo. Après avoir souhaité la bienvenue aux participantes, il a salué un « acte purement social » qui traduit une réelle volonté de bien-être communautaire. « Cent survivantes de VBG sont concernées aujourd’hui. C’est un exemple à suivre », a-t-il lancé, exhortant d’autres partenaires à s’engager davantage aux côtés des femmes.
Pour Mme Dicko Boye Diallo, présidente par intérim de l’ONG WILDAF Mali et représentante du consortium, cette remise dépasse largement le cadre matériel. « Ce n’est pas une simple distribution de kits. C’est un acte de solidarité, d’humanisme et d’engagement pour l’épanouissement des femmes et des filles de Bamako », a-t-elle insisté. Selon elle, soutenir les femmes, « c’est soutenir toute la famille, tout le quartier et, au final, tout le pays ».
Présent à la cérémonie, Seydou Traoré, représentant de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, a réaffirmé la priorité accordée à la promotion des droits des femmes. « Le soutien aux femmes est au cœur de notre coopération. Nous continuerons à accompagner l’État malien dans cette dynamique », a-t-il assuré, avant de procéder à la remise officielle des équipements.
Moment fort également avec l’intervention du secrétaire général du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Salif Tall. Dans un discours dense et sans détour, il a rappelé l’ampleur alarmante des violences basées sur le genre au Mali, chiffres à l’appui. « Cette cérémonie est hautement symbolique. Elle transforme des engagements en actions concrètes et apporte des réponses tangibles à celles qui vivent la violence dans le silence », a-t-il déclaré.
Selon les données de l’Enquête Démographique et de Santé 2023-2024, 32 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, tandis que 11 % ont été victimes de violences sexuelles. Entre janvier et décembre 2024, plus de 22 000 incidents de VBG ont été rapportés, dont 98 % concernent des femmes et des filles. Face à cette réalité, le représentant du gouvernement a salué le rôle des One Stop Center, qualifiés de « lieux d’écoute, de protection et de reconstruction ».
Au fil des discours et des remises de matériels, l’émotion était palpable sur le terrain de Korofina. Des sourires timides, parfois des larmes, mais surtout une conviction partagée : l’autonomisation économique est une clé essentielle pour briser le cycle de la violence. « Une femme formée, équipée et autonome est une femme libre », a martelé Salif Tall.
En refermant la cérémonie par une prière pour le Mali, le consortium Horizon d’Espoir a réaffirmé son engagement à accompagner durablement les femmes et les jeunes filles. Sur ce terrain de football transformé, le ballon a laissé place à un message fort : l’espoir peut aussi se jouer au féminin.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
