
La Direction nationale de l’Urbanisme et de l’Habitat, sise à Darsalam, a tenu ce mercredi 6 avril 2026 une conférence de presse consacrée aux récents effondrements de bâtiments enregistrés dans la capitale, avec un accent particulier sur le drame survenu à Sogoniko, en Commune VI du District de Bamako.
Dès l’ouverture de la rencontre, le directeur national de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mahamadou Ouologuem, a invité les journalistes à observer une minute de silence en mémoire des victimes. Il a ensuite exprimé, au nom des plus hautes autorités de l’État, les condoléances aux familles endeuillées par l’effondrement du 22 mars 2026 à Sogoniko, qui a fait cinq morts et une vingtaine de blessés.
Au cœur de son intervention, le responsable a insisté sur la mise en place d’une commission d’enquête indépendante chargée de faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame. Les investigations sont en cours et, selon lui, aucune piste n’est écartée à ce stade.
Parmi les hypothèses examinées figurent des défaillances techniques, le non-respect des normes de construction ainsi que d’éventuelles failles dans la chaîne de contrôle et de surveillance des chantiers. L’objectif, a-t-il souligné, est de déterminer avec précision les causes réelles de l’effondrement afin d’éviter sa répétition.
Le directeur a rappelé que le cadre réglementaire en matière d’urbanisme et de construction est bien établi au Mali, notamment à travers les études de sol, les études techniques, la délivrance des permis de construire et le contrôle des travaux. « Leur respect n’est pas facultatif. C’est une obligation légale », a-t-il insisté.
En attendant les conclusions de l’enquête, les autorités ont annoncé plusieurs mesures urgentes, dont le renforcement des contrôles sur les chantiers en cours et le lancement d’une opération nationale d’identification des bâtiments à risques. Une réforme du système de délivrance des permis de construire est également annoncée pour plus de rigueur et de traçabilité.
Mahamadou Ouologuem a appelé à la responsabilité de tous les acteurs de la chaîne de construction, notamment les promoteurs, architectes, ingénieurs, entreprises et collectivités. « Construire est un acte de responsabilité. Toute négligence peut coûter des vies humaines », a-t-il averti.
Sur le terrain, les services techniques indiquent que des milliers de procès-verbaux ont déjà été établis et transmis aux tribunaux. Dans la plupart des cas, l’arrêt des travaux est la première mesure appliquée avant toute procédure judiciaire. Des campagnes de sensibilisation se poursuivent également à travers les médias et les descentes sur les chantiers.
Une équipe spéciale de contrôle a été mise en place pour renforcer le dispositif existant. Elle aura notamment pour mission de vérifier la conformité des chantiers et la qualification des intervenants. En parallèle, un numéro d’alerte en collaboration avec l’AMRT est en préparation afin de permettre aux citoyens de signaler les constructions suspectes.
Le colonel-major Adama Diatiki Diarra, directeur général de la Protection civile, a pour sa part évoqué les difficultés rencontrées lors des interventions, notamment l’accès difficile à certains sites, l’absence de plans de chantier et la coopération parfois insuffisante de certains acteurs. Il a précisé que les bilans officiels sont établis en coordination avec les services de santé avant toute communication.
Sur le plan des sanctions, les autorités ont rappelé que plusieurs décisions ont déjà été prises par le passé dans des affaires similaires, allant de sanctions administratives à des peines d’emprisonnement contre certains responsables de chantiers.
Par ailleurs, les services techniques alertent sur la qualité de certains matériaux de construction, notamment le fer, dont les caractéristiques techniques ne respecteraient pas toujours les normes. Un arrêté est en préparation pour interdire l’entrée sur le territoire des fers non conformes.
L’ensemble des annonces intervient alors que l’enquête sur l’effondrement de Sogoniko est toujours en cours, et que les autorités affirment vouloir aller jusqu’au bout pour établir les responsabilités et renforcer durablement la sécurité des constructions dans le pays.
Abdrahamane Baba Kouyaté
