
La première session ordinaire de la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de la Commune IV du district de Bamako s’est ouverte, mardi 19 mai 2026, sous la présidence du ministre de la Justice, Mamoudou Kassogué. Huit affaires impliquant douze accusés détenus y seront examinées. Les dossiers concernent notamment des faits d’assassinats, meurtres, coups mortels, viols, pédophilie, vols qualifiés et autres infractions graves.
Mais au-delà des affaires inscrites au rôle, c’est surtout l’intervention du procureur Touré qui a marqué cette cérémonie d’ouverture. Dans une prise de parole empreinte de franchise, le magistrat a interpellé sur les réalités carcérales et l’évolution du regard porté par les juges sur les conditions de détention.
« Oui, le juge d’hier était beaucoup plus regardant sur les conditions de détention que nous, c’est une vérité », a reconnu le procureur Touré, établissant une comparaison entre les pratiques judiciaires d’hier et celles d’aujourd’hui. Selon lui, les anciens magistrats accordaient davantage d’importance à leurs obligations professionnelles et humaines qu’à certaines considérations extérieures.
Poursuivant son analyse, le procureur a estimé que l’argument lié à la montée de la criminalité ne saurait suffire à justifier certaines insuffisances actuelles. « Même si on peut justifier cela en disant qu’il n’était pas confronté à la même espèce de criminalité ou à la même espèce de délinquance que nous. Ça, c’est juste pour nous excuser », a-t-il déclaré devant plusieurs autorités judiciaires et administratives.
Le moment le plus fort de son intervention reste toutefois son plaidoyer en faveur des détenus abandonnés par leurs proches. Le magistrat a révélé que de nombreux prisonniers vivent aujourd’hui dans des conditions extrêmement précaires.
« Beaucoup de familles ont tourné le dos à leurs enfants en prison. Certains en sont à n’avoir plus d’habits », a déploré le procureur Touré. Face à cette situation, il affirme intervenir personnellement à travers des dons de friperie destinés aux détenus les plus démunis.
« C’est pourquoi j’interviens personnellement chaque six mois de l’année par des dons de friperie d’une valeur de 650 000 FCFA pour les prisonniers qui sont délaissés ainsi. Je le dis pour susciter l’imitation », a-t-il expliqué, évoquant ce qu’il appelle, en référence au juge Baya Berthe, « le principe du questionnement valorisant ».
Cette sortie du procureur Touré intervient dans un contexte où les questions liées aux conditions de détention, à l’humanisation de la justice et à la surpopulation carcérale alimentent régulièrement le débat public au Mali.
La rédaction
