
Le gouvernement malien a adopté, le 18 septembre 2026 en Conseil des ministres, le projet de loi de finances pour l’exercice 2027. Le texte prévoit 3 866,635 milliards de FCFA de recettes contre 4 462,646 milliards de FCFA de dépenses, soit un déficit budgétaire de près de 600 milliards de FCFA. Dans cet entretien exclusif accordé à Africa-Scoop, l’économiste de renommée internationale et expert-consultant malien Modibo Mao Makalou décrypte les principales orientations de ce projet de budget et souligne les enjeux liés à la mobilisation des recettes, à la maîtrise des dépenses, à la dette publique et au respect des critères de convergence de l’UEMOA.
– Africa-Scoop : Qu’est-ce qu’une loi de finances ?
Modibo Mao Makalou : Selon la Constitution, chaque État doit déterminer ses ressources et ses charges. Il est également fait obligation d’établir un équilibre budgétaire, c’est-à-dire de déterminer les ressources permettant de financer les charges de l’État.
La loi de finances est un acte politique, juridique, comptable et financier majeur. Elle est adoptée en Conseil des ministres avant d’être soumise au vote des législateurs. Elle permet à l’État de mobiliser les recettes fiscales, de recourir à l’endettement et de faire face à ses dépenses régaliennes, de fonctionnement et d’investissement.
Le budget de l’État constitue également un document essentiel pour apprécier les priorités nationales. À travers les crédits qui sont affectés aux différents secteurs, il est possible d’avoir une lecture des choix et des priorités d’un État.
– Le gouvernement a adopté le projet de loi de finances 2027. Quelles sont ses principales caractéristiques ?
Le projet de loi de finances 2027 est préparé conformément à la loi n°2025-038 du 15 août 2025 portant loi organique relative aux lois de finances. Les prévisions reposent sur une croissance économique de 6,5 % en 2027, contre 6,3 % attendue en 2026. L’inflation est projetée à 2,5 %, contre 2,8 % en 2026, tandis que le PIB nominal devrait passer de 19 182,2 milliards de FCFA en 2026 à 20 666,8 milliards de FCFA en 2027.
Les recettes budgétaires sont prévues à 3 866,635 milliards de FCFA contre 3 372,895 milliards dans la loi de finances rectificative 2026, soit une hausse de 14,64 %. Les dépenses devraient atteindre 4 462,646 milliards de FCFA contre 3 993,319 milliards en 2026, soit une progression de 11,75 %.
– Les recettes progressent donc plus rapidement que les dépenses. Peut-on parler d’une amélioration de la situation des finances publiques ?
Le gouvernement du Mali est en train d’exécuter son neuvième budget-programme, même si nous n’avons pas encore totalement basculé dans le budget-programme. Cette approche repose sur des programmes, des objectifs et des indicateurs de performance. Elle permet de passer d’une logique de moyens à une gestion axée sur les résultats.
Pour 2027, le budget compte 131 programmes, 316 actions, 441 objectifs et 1 027 indicateurs. L’objectif est de pouvoir mesurer les résultats obtenus par les institutions et les ministères au regard des ressources qui leur sont attribuées.
– Avec un déficit de près de 600 milliards de FCFA, quelles peuvent être les conséquences de son financement sur la dette publique, les investissements et l’accès au crédit pour les entreprises privées ?
Selon le ministère de l’Économie et des Finances, la politique budgétaire vise à maintenir un solde budgétaire compatible avec la viabilité de la dette publique. Le déficit budgétaire global, dons compris, devrait s’établir à -2,4 % du PIB en 2027, contre -2,9 % attendu en 2026. Le Mali resterait ainsi en dessous du seuil de 3 % fixé par l’UEMOA.
L’encours de la dette publique devrait également rester relativement stable. Il passerait de 38,8 % du PIB dans la loi de finances rectificative 2026 à 38,9 % dans le projet de loi de finances 2027, alors que le critère de convergence de l’UEMOA fixe un plafond de 70 % du PIB.
Cependant, les charges financières de la dette connaissent une progression importante. Elles sont évaluées à 303,259 milliards de FCFA en 2027 contre 245,852 milliards en 2026, soit une hausse de 23,35 %. Il faut donc suivre cette évolution avec attention.
– Les recettes fiscales devraient augmenter de manière importante. Quel est alors le principal enjeu pour les finances publiques en 2027 ?
Le véritable enjeu sera la mobilisation des recettes et la maîtrise des dépenses. Les recettes fiscales nettes devraient atteindre 3 402,043 milliards de FCFA en 2027 contre 2 852,353 milliards dans la loi de finances rectificative 2026, soit une progression de 19,27 %.
Cette hausse est importante, mais les recettes fiscales représenteraient 15,8 % du PIB, alors que le critère de convergence de l’UEMOA prévoit un taux de pression fiscale supérieur ou égal à 20 %. Il faudra donc poursuivre les efforts de mobilisation des recettes.
En parallèle, les dépenses courantes devraient représenter 13,9 % du PIB en 2027 contre 14,3 % en 2026, tandis que les dépenses en capital, c’est-à-dire les investissements, devraient atteindre 5,7 % du PIB contre 4,5 % précédemment.
– Au-delà des chiffres, quels indicateurs faudra-t-il surveiller pour déterminer si le budget 2027 améliore réellement la situation économique du Mali ?
Il faudra suivre plusieurs indicateurs : la mobilisation des recettes, la maîtrise des dépenses, le déficit, l’endettement, mais également l’impact du budget sur la croissance et l’emploi.
Le Mali appartient à l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine, qui a institué un pacte de stabilité et de surveillance multilatérale basé sur des critères de convergence macroéconomique. En 2027, le Mali devrait respecter trois critères sur cinq, notamment les trois critères de premier rang : un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du PIB, une inflation inférieure ou égale à 3 % et un encours de dette publique inférieur ou égal à 70 % du PIB.
– Quels sont les critères qui ne devraient pas être respectés ?
Les deux critères de second rang ne seront pas respectés. Il s’agit d’abord de la masse salariale, qui doit être inférieure ou égale à 35 % des recettes fiscales. Le second concerne le taux de pression fiscale, qui mesure les recettes fiscales par rapport au PIB et doit être supérieur ou égal à 20 %.
Ces deux critères mesurent notamment la performance des politiques budgétaires et la viabilité interne des finances publiques. C’est pourquoi leur évolution devra être suivie au même titre que le déficit et la dette.
Au final, l’enjeu du budget 2027 ne se limite donc pas à l’augmentation des recettes ou au respect du seuil de déficit. Il sera surtout question de la capacité de l’État à mobiliser davantage de ressources, à maîtriser ses dépenses et à transformer ces ressources en investissements et en résultats économiques, notamment en matière de croissance et d’emploi.
Entretien réalisé par Abdrahamane Baba Kouyaté
