
Le Mémorial Modibo Keïta a vibré d’émotion et d’espoir, ce jeudi 27 novembre 2025, lors du lancement officiel du projet KUMAN « Libérez-vous de ce silence qui détruit ». Une initiative portée par l’association Jeuness’Art, avec l’appui du Royaume du Danemark à travers le FAMOC II, qui ambitionne de transformer la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) au Mali grâce à un outil inédit : une application mobile permettant aux victimes de témoigner anonymement et en toute sécurité.
Après le mot de bienvenue du chef de village, le maire du quartier a rappelé la gravité du silence qui entoure les violences : « Le silence empêche les victimes de se reconstruire et freine la société dans sa marche vers la justice sociale. Aucune personne ne doit rester seule face à la violence. » Un message qui a donné le ton d’une cérémonie résolument tournée vers la libération de la parole.
Pour Aboubacar Camara, dit Africain, président de Jeuness’Art, le choix du nom Kuman n’est pas anodin : « Kuman, en bamanakan, c’est parler. Parler pour exister, pour briser la honte, pour détruire la peur. Trop longtemps, les violences ont été enveloppées d’un silence culturel, social, imposé. Aujourd’hui, notre responsabilité est de créer les conditions pour que ce silence disparaisse. »
Au cœur du projet, l’application mobile Kouman, disponible sur Android et iOS. Elle offre aux survivantes et survivants un espace d’expression totalement anonyme : possibilité de témoigner, d’effacer ses enregistrements, de se sentir en sécurité. « C’est plus qu’un outil numérique : c’est un refuge, une première étape vers la reconstruction », a insisté l’équipe de Jeuness’Art lors de sa présentation. Les récits recueillis nourriront également des œuvres artistiques : slam, vidéos, spectacles pour sensibiliser largement sans jamais exposer l’identité des victimes.
Le projet KUMAN déploiera cinq grandes actions nationales : deux « procès slamés » inspirés de témoignages réels ; la production de 32 vidéos Versets de Vérité ; une tournée artistique dans cinq régions du Mali ; un livre documentaire mêlant récits, analyses et créations ; et des ateliers de résilience dédiés aux survivantes. « L’art n’est pas un divertissement, mais une arme de conscience et de réparation », a souligné Aboubacar Camara, saluant au passage l’engagement des 30 slameurs sélectionnés et des experts mobilisés.
Le représentant du FAMOC II, Seydina Aly Cissé, a salué « une innovation porteuse d’espoir ». « Parfois, tenir un téléphone est plus facile que tenir tête à l’injustice. Si un simple geste peut sauver une vie, alors chaque ligne de code de cette application vaut son poids en humanité. » Il a rappelé que le FAMOC, mécanisme du ministère danois des Affaires étrangères, œuvre depuis des années pour renforcer la société civile malienne, promouvoir la participation citoyenne et défendre les droits humains. Parmi plus de 800 projets examinés, seuls 89 ont été retenus, dont celui de Jeuness’Art : « Nous sommes fiers d’accompagner une initiative qui met le numérique au service d’une cause noble. »
La représentante du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Fatoumata Siré Diakité, a souligné la pertinence de l’initiative : « Le projet Kouman contribue à refuser de taire les injustices, notamment celles liées aux violences basées sur le genre. »
Entre engagement institutionnel, innovation technologique et puissance de l’art, KUMAN marque une étape importante dans la lutte contre les VBG au Mali. Son ambition est claire : qu’aucune survivante ne se sente seule, que plus aucun récit ne reste dans l’ombre, que le silence cesse enfin de protéger la violence.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté

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