
À Kidal, au nord-est du Mali, la survie quotidienne repose souvent sur des détails simples : un sac de céréales, quelques litres d’huile, un bon de distribution soigneusement conservé. Dans cette région où l’accès aux marchés reste incertain et où les services de base sont difficiles à atteindre, le Programme alimentaire mondial (PAM) joue un rôle déterminant pour plus de 55 000 personnes.
La scène se répète plusieurs fois par mois : les ruelles de la ville s’animent dès les premières heures de la journée. Des familles entières convergent vers le centre de distribution, reconnaissable à sa bande bleue. Pour beaucoup, c’est un moment d’attente, d’inquiétude, mais aussi d’espoir.
Aminata Yattara, 37 ans, mère de trois enfants, fait partie de celles qui s’y rendent régulièrement. Elle s’appuie aujourd’hui presque entièrement sur cette assistance pour nourrir sa famille. Avant l’aube, elle continue de préparer des galettes de riz pour les vendre, mais les revenus générés ne suffisent plus. Le bétail a disparu, les marchés se vident et les opportunités se font rares. Lorsque son tour arrive, ses traits se détendent. « Cette distribution est une bouffée d’oxygène pour moi. Je n’ai plus rien : ni bétail, ni moyen de vivre. Mon travail tourne au ralenti ces derniers jours faute de moyens », explique-t-elle en serrant son bon de vivres.
Le soutien apporté par le PAM ne se limite pas à la distribution de denrées. Il vise également à renforcer la résilience des ménages dans une région particulièrement exposée aux chocs. L’assistance cible notamment les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants en bas âge, rendus vulnérables par une situation nutritionnelle précaire. Pour la période d’octobre à décembre 2025, l’organisation prévoit de soutenir plus de 55 000 personnes à travers ses programmes alimentaires et nutritionnels.
Parmi les bénéficiaires, Taboghalit Wallet Mohamed, 57 ans, attend patiemment à l’ombre d’un pilier, son petit-fils collé à son côté. L’attente est longue, mais elle n’en perd pas pour autant son calme. Quand son tour arrive, elle s’avance avec un sourire discret. « Je n’ai qu’un seul petit-fils pour m’aider, et cette assistance nous a beaucoup soulagés. J’aimerais que l’on n’oublie ceux qui n’ont personne pour les soutenir », confie-t-elle.
À Kidal, chaque distribution rappelle à quel point la communauté reste vulnérable. Les difficultés d’accès, la fragilité du marché local et l’épuisement des ressources ont placé de nombreuses familles dans une situation d’urgence prolongée. Dans cet environnement, l’intervention du PAM demeure l’un des rares mécanismes permettant aux ménages de conserver un semblant de stabilité.
Alors que les besoins humanitaires persistent, l’assistance alimentaire devient plus qu’un simple appui : elle représente pour beaucoup un espoir tangible, la preuve qu’ils ne sont pas oubliés. Et à Kidal, où chaque journée est un défi, cet espoir vaut parfois autant qu’un panier de vivres.
Par Djibrilla Toure
