
À l’issue d’une rencontre de concertation tenue en ce début d’année 2026, le ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes et les principales organisations confessionnelles du pays ont acté une série de mesures visant à mieux encadrer la parole religieuse dans l’espace public. Au cœur des échanges : la mise en place prochaine d’un organe chargé de veiller au contenu des prêches et sermons.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par des tensions récurrentes autour de certaines interventions publiques de leaders religieux, jugées par les autorités comme dépassant le strict cadre spirituel. Plusieurs affaires ont donné lieu à des poursuites judiciaires, alimentant un débat sensible sur les limites entre liberté d’expression religieuse et respect de l’ordre public.
Selon des responsables présents à la rencontre, la future commission aura pour mission d’examiner les discours susceptibles d’attiser les divisions sociales ou de porter atteinte aux institutions. L’objectif affiché par le département ministériel est de prévenir les crises en amont, plutôt que d’intervenir a posteriori par la voie judiciaire.
Le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, Dr Dramane Coulibaly, a pour sa part, rappelé que l’espace du prêche, notamment lorsqu’il est diffusé via les réseaux sociaux, ne saurait échapper au cadre légal. Il a insisté sur le principe d’égalité de tous devant la loi, soulignant que la responsabilité pénale peut être engagée en cas de dérives.
Au-delà de la question du contrôle des sermons, les participants ont également évoqué l’élaboration d’un projet de loi sur la liberté religieuse et la poursuite du dialogue inter et intra religieux dans les différentes régions du pays. Un guide de bonnes pratiques destiné aux prédicateurs aurait déjà été préparé par le ministère pour promouvoir des messages responsables et apaisés.
Les représentants des principales confessions ont salué la tenue de cette concertation. L’Église catholique, par la voix de l’abbé Pierre Kassogué, a réaffirmé son attachement au dialogue institutionnel. Du côté protestant, le pasteur Dabre Diassana a plaidé pour une unité d’action face aux défis nationaux. Le Haut Conseil islamique du Mali, représenté par son secrétaire général chargé des institutions, l’imam Abdoulaye Diawara, a exprimé son soutien à la poursuite du cadre d’échanges.
Pour le secrétariat général du ministère, cette rencontre marque une étape vers une coopération plus structurée entre l’État et les confessions religieuses. Reste désormais à préciser les modalités de fonctionnement de la future commission, dans un équilibre délicat entre régulation et respect des libertés fondamentales.
Abdallah Keïta
