La plus mélodieuse flûte d’Afrique de l’Ouest s’est tue. Des générations entières de mélomanes garderont en mémoire le maestro dont le génie a symphoniquement soudé l’Afrique occidentale et centrale, avant de conquérir l’Amérique du Sud et de rayonner sur le globe. L’homme a façonné des étoiles.

Soukouss, afro-manding ou cubain ? Abidjan bat Kinshasa
Il y eut le Negro Band, Las Maravillas del Mali, mais aussi Africando avec Jonas Pedro, Medoune Diallo, Ronnie Baro, Pape Seck, Amadou Ballaké, Nicolas Menheim et tant d’autres. Maîtrisant les rythmes sahéliens et latino-américains, l’originaire de Gao, fils de Lakouroussou à Niamey, fut à la fois Songhaï transmetteur de savoirs, Haoussa guérisseur par la symphonie, saltimbanque dioula et Cubain de cœur, amoureux de l’île où il étudia dès 1964 (l’orchesta Aragón reste immortel). Les compétences théoriques acquises à La Havane lui permirent d’enseigner à l’Institut national des arts d’Abidjan en 1973.
« Architecte sonore », selon Alpha Blondy
Ses nombreux séjours en France et sa résidence de vingt ans en Côte d’Ivoire — fort d’un tempo originellement mandingue, enrichi des rythmiques akan et lagunaires — ont achevé de faire de lui un citoyen du monde. Pourtant, les internautes s’interrogent encore : était-il Nigérien, Ivoirien ou Malien ? La question se justifie, tant l’homme savait extraire les sonorités de chaque terroir. Dans les années 1970-90, sur les bords de la lagune Ébrié, un seul nom résonnait : Boncana. Arrangeur avant l’ère des beatmakers, il encadra l’orchestre de la RTI avec un éclectisme rare, propulsant Aïcha Koné, Alpha Blondy, Monique Séka, Nayanka Bell, Gadji Celi… sans oublier Pierrette Adams, Amety Meria, Kamaldine — qui devint son épouse — ainsi que les Nigériens Sadou Bori et Moussa Poussi. Au mythique studio JBZ d’Abidjan, il remit au goût du jour la chanson Mariétou, inspirée par une mare sacrée de Oualam au Niger, devenue fétiche et virale.
Modeste et merveilleux
On ne devenait artiste qu’après être passé entre ses mains. Bien aimé des autorités ivoiriennes, rares furent les galas où Boncana Maïga n’officia pas devant le président Félix Houphouët-Boigny et ses hôtes. Dans les annales du showbiz, la Côte d’Ivoire se souvient du 4B Show : Benson Georges Tahi, présentateur inégalable ; Boncana Maïga, chef d’orchestre (1984) ; Blé Gahié Raphaël, réalisateur au studio B de Cocody.
Plus tard, le coach ajouta d’autres cordes à son arc : animateur et producteur sur TV5 Monde avec Stars Parade, puis sur l’ORTM avec Tounkagouna. Fidèle à sa fibre patriotique, malgré le poids des ans, il dirigea la symphonie du Cinquantenaire du Mali.
Point commun, baguette d’union
Son professionnalisme fut toujours mis au service du plus grand nombre. Difficile de dresser un tableau complet du lauréat des Maracas d’or. Contentons-nous de rappeler ses touches d’orfèvre sur le Congo : Mopao de Koffi Olomidé, Paquita de Seigneur Tabou Ley. Après deux décennies de règne, l’Afrique centrale, locomotive musicale des indépendances, céda le flambeau à l’Ouest. La trompette et l’entregent de Manu Dibango y contribuèrent : le Camerounais dirigea l’orchestre de la RTI après Boncana.
Un intellectuel nourri de pratique.
Né en 1950 à Gao, le virtuose a rendu son dernier souffle à la clinique Pasteur de Bamako, le samedi 28 février 2026. Si les humains sont parents, le partage des sonorités renforce leurs liens. Comme sa vie, sa mort relie les férus de musique, une disparition qui parle particulièrement aux esprits maliens et ivoiriens. Les symboles et repères qui unissent ces deux pays doivent les élever au-dessus des contingences. Pour la promotion de la culture africaine et la paix de l’âme de Boncana.
Moussa dit Moïse Traoré
(Retraité de l’ORTM, stagiaire à Radio Côte d’Ivoire et à Fraternité Matin en 1987, Abidjan et Bouaké)
