
La Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), créée entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, continue à faire trembler les fondations de la CEDEAO, mais surtout celles du système néocolonial français, en ce qu’elle s’appuie sur une vision et une stratégie de défense et de développement, conduites par une diplomatie suffisamment réactive pour porter la souveraineté des Etats membres. L’adhésion massive des peuples de l’AES au projet ayant rendu vaines toutes les manœuvres internes de déstabilisation, Occidentaux et missi dominici se trouvent plongés dans un désarroi profond. Dans le contexte actuel marqué par une redistribution des cartes au plan mondial, n’est-il pas opportun pour l’AES d’adopter une posture plus engagée, conforme aux réalités géopolitiques et géostratégiques du moment ?
A bout de souffle, l’impérialisme occidental se meurt
La révolution en cours dans le Sahel portée par l’AES, est le fruit de plusieurs décennies d’injustices et de frustrations mal contenues, sous le magister de dirigeants politiques actionnés par la France au gré de ses intérêts. Depuis plus d’un demi-siècle, on voit les institutions de Breton Wood conduire le bal, bloquant ou vidant de leur substance tous les projets structurants, afin de pérenniser la dépendance à l’aide. L’Occident triomphaliste, pour alimenter ses industries, avait choisi de cantonner les pays du sud dans la simple production de matières premières, les laissant assister impuissants au spectacle humiliant de leur jeunesse désemparée et jetée sur les pistes de la migration, condamnée à périr dans le désert ou en mer, souvent aux portes même de l’Europe. Aujourd’hui, l’AES utilise trois instruments majeurs pour assurer sa cohésion interne et son rayonnement international, trois domaines dans les lesquels les actions sont menées conjointement, à savoir la Défense, le Développement et la Diplomatie. Après avoir conçu le droit international pour asseoir sa domination sur le reste du monde, l’Occident conquérant et de plus en plus arrogant, a tout de même fini par « manger son totem », en voulant imposer la notion de guerre préventive. Ainsi, Donald Trump, président des USA a déclenché sans mandat de l’ONU, sans autorisation du Congrès américain et sans y associer l’OTAN, une guerre injustifiée contre l’Iran. A l’exception du Vatican, aucun pays occidental n’a condamné cette guerre. Les gouvernements complices de la forfaiture, sont allés jusqu’à censurer la diffusion d’informations et d’images compromettantes sur la guerre. Devrait-on aller chercher ailleurs la raison de leur déconfiture et de leur décadence ? Le petit marteau iranien est en train de casser le gros caillou, prouvant qu’aucun contrôle basé sur le mensonge ne dure.
La résistance iranienne est héroïque
L’histoire enseigne qu’aucun Etat n’est suffisamment fort pour le rester tout le temps. De l’Egypte ancienne à la Rome et la Grèce antique, les cimetières sont remplis de chefs qui se croyaient indispensables. Après avoir massivement bombardé l’Afghanistan, l’Iraq, la Libye et la Syrie, les USA et Israël ont voulu tester la capacité de réaction de la Russie en Ukraine. Cette provocation va plutôt révéler l’extrême dépendance de l’Europe aux USA et la fragilité de l’OTAN. En effet, la Russie est apparue comme un géant militaire et Poutine, plus que jamais comme un grand stratège et le leader sécuritaire du Sud Global. C’est pourquoi, dans leur combat pour la souveraineté de leur pays, les dirigeants de l’AES ont été bien inspirés de se rapprocher de Moscou. Ils ont compris qu’il faut se donner les moyens de se faire respecter, même si leurs peuples ont développé une vocation naturelle à la paix, adoptant avec raison une posture d’ouverture et de conciliation. Les pays ayant une façade maritime qui ont réalisé de grands investissements portuaires, ne comptent que sur le marché que représentent les pays sans littoral. Leur interdépendance est donc patente et, perdre un des Etats de l’AES, c’est risquer de perdre les autres, c’est-à-dire trois nations de tradition guerrière, ayant un sens inné du commerce, de l’agriculture et de l’élevage, comptant plus de 75 millions d’habitants, sur une superficie de plus de 2,7 millions de km², disposant d’une dizaine de frontières terrestres, soutenues par la Russie, première puissance nucléaire du monde et la Chine, première puissance commerciale. Dans ces conditions, vouloir utiliser le port comme un moyen de pression, relève d’une grande cécité stratégique car, les opérateurs économiques de l’espace AES sont rompus depuis des siècles, aux arcanes du commerce et des échanges, entretenant des filières d’approvisionnement et de distribution largement diversifiées. Et aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, les peuples de l’AES font partie des peuples les plus résilients d’Afrique.
Devant l’échec cuisant des seconds couteaux et des mercenaires dans le Sahel, les commanditaires impénitents voudraient à présent s’appuyer sur une résolution ubuesque de l’Union Européenne pour s’attaquer au Niger. La réaction de l’AES qui dispose aujourd’hui des capacités nécessaires et de l’expérience opérationnelle sur le terrain, risque d’être foudroyante et dévastatrice à la manière de celle de l’Iran face aux USA. Tout pays prêtant son espace aux ennemis, paiera le prix fort car, si la sécurité n’est pas garantie pour l’AES, elle ne le sera pour aucun Etat complice.
–Mahamadou Camara
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