
Dans une décision qui marque un tournant dans les échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest, l’administration douanière ivoirienne a annoncé, à travers la circulaire N° MEFB/DGD/DU du 31 mars 2026, la suppression du visa des représentations des douanes du Mali et du Burkina Faso sur les déclarations en détail des marchandises destinées à ces deux pays.
Cette mesure met fin à une pratique instaurée depuis la circulaire du 28 avril 2000, qui imposait aux opérateurs économiques d’obtenir le visa des représentants douaniers maliens et burkinabè en Côte d’Ivoire avant toute exportation ou réexportation de marchandises. À l’époque, cette exigence visait à assurer un meilleur suivi des opérations douanières ainsi que la fiabilité des statistiques commerciales entre Abidjan et les pays de l’hinterland.
Désormais, les commissionnaires en douane agréés pourront déposer directement leurs déclarations auprès des bureaux compétents, sans passer par cette formalité jugée contraignante. Une simplification administrative qui devrait accélérer le traitement des opérations commerciales et réduire les délais au niveau des corridors économiques.
Cette réforme s’appuie notamment sur les avancées technologiques mises en place ces dernières années pour sécuriser le transit des marchandises. Entre la Côte d’Ivoire et le Mali, le Module Informatique T1 de Gestion du Transit permet une gestion plus efficace et transparente des flux commerciaux. Quant aux échanges avec le Burkina Faso, ils sont désormais encadrés par le Système Interconnecté de Gestion des Marchandises en Transit (SIGMAT), qui assure une transmission continue et sécurisée des données.
Cette décision intervient toutefois dans un contexte régional marqué par des tensions diplomatiques. Depuis les coups d’État militaires intervenus au Mali et au Burkina Faso, une crise politique s’est progressivement installée entre ces pays et la Côte d’Ivoire. Les relations entre Abidjan et les autorités de Bamako et Ouagadougou ont été mises à l’épreuve ces dernières années, notamment autour de questions sécuritaires, diplomatiques et économiques.
Dans ce climat parfois tendu, la suppression du visa douanier apparaît comme un geste technique qui pourrait également être interprété comme une volonté de maintenir, voire de relancer, la coopération économique malgré les divergences politiques. Pour les acteurs du commerce, cette décision est perçue comme une avancée majeure susceptible de fluidifier les échanges, de réduire les coûts logistiques et de renforcer l’attractivité des corridors reliant les ports ivoiriens aux pays sahéliens enclavés.
L’administration douanière ivoirienne a toutefois insisté sur la nécessité du strict respect des nouvelles dispositions, tout en appelant les usagers à signaler toute difficulté d’application. À l’heure où l’intégration économique régionale reste un enjeu stratégique, cette réforme pourrait constituer un levier important pour dynamiser les échanges, à condition que le climat politique entre les États concernés connaisse également une accalmie durable.
Abdrahamane Baba Kouyaté
