
Un nouveau front de tension s’ouvre entre les autorités éducatives et les organisations syndicales. En toile de fond : la question sensible du positionnement des enseignants titulaires de licence professionnelle dans le système éducatif malien.
Dans une correspondance récente adressée aux responsables académiques, le ministère de l’Éducation nationale a donné instruction aux enseignants concernés de reprendre service dans leurs établissements d’origine, principalement au niveau de l’enseignement fondamental. L’objectif affiché est d’éviter toute perturbation des cours et de garantir la continuité pédagogique, dans un contexte déjà fragilisé.
Cette décision intervient après plusieurs cycles d’échanges entre le département de tutelle et les syndicats, engagés depuis la suspension, en octobre 2024, du processus de redéploiement de ces enseignants. Les autorités évoquent une mesure provisoire, en attendant une éventuelle relecture des textes régissant le statut de ces diplômés issus de la formation continue.
Sur le terrain, les directeurs d’académie ont été instruits d’organiser, dans un délai relativement court, l’affectation des intéressés au sein des structures pédagogiques locales, notamment les Centres d’animation pédagogique.
Mais cette orientation est loin de faire l’unanimité. Les syndicats signataires du protocole du 15 octobre 2016 montent au créneau et dénoncent une décision qu’ils jugent contraire aux dispositions réglementaires en vigueur.
Selon eux, les enseignants titulaires de licence professionnelle ont été formés dans une logique d’enseignement secondaire, conformément à l’évolution du système éducatif malien vers le modèle Licence-Master-Doctorat (LMD). Ils rappellent que cette réforme, encadrée par des textes officiels adoptés depuis 2008, a redéfini les missions de l’École normale supérieure de Bamako, désormais tournée vers la formation des enseignants du secondaire et du supérieur.
Les organisations syndicales s’appuient également sur les parcours académiques et administratifs des enseignants concernés pour étayer leur position. Elles estiment que leur affectation dans le fondamental ne correspond ni à leur profil ni aux orientations prévues lors de leur formation.
Face à ce qu’elles considèrent comme une entorse aux règles établies, les syndicats exigent un redéploiement vers les lycées, les établissements techniques et professionnels, ainsi que les structures de formation des enseignants.
Le ton se durcit davantage avec l’annonce d’éventuelles actions pour contraindre l’administration à revoir sa copie. Les syndicats préviennent qu’ils n’excluent aucun recours légal pour faire valoir leurs revendications.
Abdallah Keïta
