
La gestion administrative et financière de la Commune II du District de Bamako est mise en cause dans un rapport récent du Bureau du Vérificateur Général (BVG), qui couvre la période allant de 2022 au premier semestre 2025. Le document fait état de dysfonctionnements multiples et chiffre à près de 125 millions de FCFA le montant des irrégularités relevées.
Collectivité parmi les plus importantes de la capitale avec une population estimée à plus de 170 000 habitants répartis dans 13 quartiers, la Commune II a enregistré des flux financiers conséquents au cours des dernières années. Les recettes cumulées sur la période contrôlée dépassent 13 milliards de FCFA, contre environ 12,7 milliards de dépenses. Malgré ces volumes, les vérificateurs pointent des faiblesses notables dans les dispositifs de gestion et de contrôle.
Le rapport souligne notamment des lacunes dans l’organisation administrative, en particulier au niveau de la conservation des archives. Certains documents jugés essentiels n’ont pas pu être fournis lors de la mission de vérification, tandis que plusieurs pièces justificatives liées aux dépenses publiques étaient mal classées ou difficilement exploitables, compliquant le suivi des opérations financières.
Les mécanismes de gestion des recettes sont également critiqués. Dans plusieurs centres secondaires d’état civil, des régies auraient fonctionné sans base juridique claire. Des responsables en charge de la collecte des fonds n’auraient pas respecté certaines obligations réglementaires, notamment en matière de serment et de garanties financières, exposant ainsi les ressources publiques à des risques.
Par ailleurs, le BVG note des retards dans le reversement des recettes collectées. Dans certains cas, les délais observés dépassent largement les exigences réglementaires, ce qui pourrait affecter la transparence et la disponibilité des fonds.
Le rapport évoque aussi un contrat de concession signé en 2022 pour la digitalisation de la collecte des taxes communales. Cette convention aurait été conclue sans respecter plusieurs étapes préalables, notamment l’évaluation du projet, l’avis des structures compétentes et l’approbation des autorités habilitées, soulevant des interrogations sur sa régularité.
D’autres anomalies concernent des paiements jugés non conformes, dont une somme de plus de 7,5 millions de FCFA accordée au Receveur-Percepteur dans des conditions contestées. À cela s’ajoutent des insuffisances dans le recouvrement de certaines recettes, notamment liées aux frais de mariage, avec un écart significatif entre les montants attendus et ceux effectivement encaissés.
La gestion de fonds destinés au secteur éducatif figure également parmi les points relevés. Des dépenses portant sur plus de 30 millions de FCFA n’ont pas été justifiées par les structures concernées, selon les constats des vérificateurs.
Face à ces différents éléments, certaines affaires ont été transmises aux juridictions compétentes, notamment à la Section des comptes de la Cour suprême et au pôle économique et financier. Les faits évoqués portent sur des irrégularités dans la passation de marchés, l’octroi d’avantages indus, ainsi que des insuffisances dans la mobilisation et la gestion des ressources publiques.
Abdallah Keïta
