
Le gouvernement malien entend faire du Fonds d’appui à la création d’entreprises par les jeunes (FACEJ) un levier majeur de sa politique en faveur de l’emploi. C’est dans cette dynamique que la ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a choisi de quitter les salles de réunion pour aller à la rencontre de jeunes entrepreneurs ayant bénéficié de ce dispositif. Jeudi 30 juillet, elle s’est rendue dans les entreprises Kalebasse, à Kalaban Coura, puis Prodevma, à Kalaban Coro, afin d’évaluer les retombées concrètes du programme et d’écouter les attentes de ses bénéficiaires.
Au fil de la visite, les témoignages se succèdent et mettent en lumière les résultats du FACEJ. Les entrepreneurs rencontrés racontent des parcours jalonnés de défis, mais aussi les progrès réalisés grâce à l’accompagnement du programme, qu’ils présentent comme un véritable levier pour développer leurs activités.
Chez Kalebasse, spécialisée dans la communication visuelle, les machines tournent pendant que de jeunes techniciens conçoivent des supports graphiques et des identités visuelles. Le promoteur, Boubacar Kanouté, accueille la délégation ministérielle avec fierté. Pour lui, le soutien du FACEJ a constitué un véritable accélérateur de croissance. De la formalisation de son entreprise au développement de nouvelles activités, l’accompagnement reçu lui a permis de franchir plusieurs étapes.
Aujourd’hui, Kalebasse ne se limite plus aux prestations de communication. L’entreprise forme également des centaines de jeunes aux métiers du graphisme, de l’impression, du développement web et de l’entrepreneuriat. Devant la ministre, Aboubacar Kanouté exprime toutefois une nouvelle ambition : ouvrir davantage son entreprise vers l’international. Il souhaite bénéficier d’opportunités de réseautage avec des partenaires étrangers afin d’élargir ses marchés et d’acquérir de nouvelles expertises.

Quelques kilomètres plus loin, à Prodevma, l’atmosphère est différente mais le message reste le même : l’accompagnement ne doit pas s’arrêter au financement. Dans les locaux de cette entreprise spécialisée dans les technologies numériques, la directrice générale, Fatoumata Ba, revient sur les débuts difficiles de son aventure entrepreneuriale.
Elle raconte les deux premières années marquées par les pertes financières, les préjugés auxquels elle a dû faire face en tant que femme évoluant dans un secteur technologique et les nombreuses démonstrations gratuites réalisées pour convaincre les premiers clients. Une persévérance finalement récompensée.
Grâce à l’appui du FACEJ, explique-t-elle, Prodevma a pu renforcer ses capacités, investir dans des équipements, améliorer son alimentation énergétique et développer de nouveaux produits. Aujourd’hui, l’entreprise propose des solutions de contrôle d’accès par badge, téléphone ou reconnaissance biométrique, des systèmes de géolocalisation de véhicules, des dispositifs de vidéosurveillance ainsi que des applications numériques, dont Pro School, destinée à rapprocher établissements scolaires, parents et enseignants.

Si les résultats sont encourageants, les difficultés persistent. La cheffe d’entreprise évoque le coût élevé des équipements importés, les frais de transport et de transfert bancaire, ainsi que la nécessité de faciliter l’accès des entreprises locales aux marchés afin de créer davantage d’emplois pour les jeunes diplômés.
Pour Christine Kaboré, responsable de l’équipe du FACEJ, cette visite traduit la volonté des autorités de suivre de près les résultats obtenus sur le terrain. Selon elle, le succès du programme repose autant sur le financement que sur la discipline des bénéficiaires. Elle invite ainsi les jeunes entrepreneurs à faire preuve de rigueur dans la gestion de leurs entreprises, à respecter leurs engagements et à construire leur croissance avec patience afin d’assurer la pérennité de leurs activités.
Au terme de la visite, Oumou Sall Seck a réaffirmé que le FACEJ est une initiative portée par le gouvernement malien et mise en œuvre par son département avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Doté d’une enveloppe de 12 milliards de FCFA sur cinq ans, le programme, a-t-elle rappelé, ne consiste pas uniquement à octroyer des financements. Il repose également sur un accompagnement technique, des formations et un suivi rapproché des bénéficiaires, qui expliquent les performances enregistrées par plusieurs jeunes entrepreneurs.
La ministre s’est notamment réjouie de voir plusieurs bénéficiaires du FACEJ se distinguer lors du concours de plans d’affaires organisé à l’occasion du Salon international de l’entrepreneuriat de l’AES en 2025, estimant que ces résultats témoignent de la qualité de l’accompagnement proposé.
En dehors du FACEJ, Oumou Sall Seck a replacé cette visite dans une stratégie plus large de promotion de l’entrepreneuriat. Elle a rappelé l’adoption récente de la Stratégie nationale de l’entrepreneuriat et de son Plan d’action 2026-2030, doté de plus de 20 milliards de FCFA, ainsi que la complémentarité des différents programmes mis en œuvre par son département, notamment FIER II, Chinfinw Ka Baara Sira, FACEJ et PartICIP.
Selon la ministre, ces initiatives ont contribué à la création de plus de 300 000 emplois au Mali au cours des cinq dernières années, d’après les données de l’Observatoire national de l’emploi et de la formation (ONEF). Tout en reconnaissant que les défis demeurent importants, elle a assuré que les préoccupations exprimées par les entrepreneurs seront examinées afin de renforcer l’écosystème entrepreneurial.
À travers cette visite de terrain, Oumou Sall Seck a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire du FACEJ un outil stratégique au service de l’entrepreneuriat des jeunes. En allant à la rencontre des bénéficiaires et en prenant en compte leurs préoccupations, la ministre a voulu montrer que l’accompagnement de l’État ne s’arrête pas au financement, mais s’inscrit dans une démarche de proximité destinée à favoriser l’émergence d’entreprises compétitives, innovantes et créatrices d’emplois durables au Mali.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
