
Le dimanche 13 septembre 2026, la salle de conférence Balla Moussa Keïta du Centre international de conférences de Bamako (CICB) était pleine à craquer. Élèves, parents d’élèves, enseignants, anciens étudiants, personnel administratif et invités ont pris d’assaut les lieux pour célébrer les 20 ans de l’École supérieure d’ingénierie, d’architecture et d’urbanisme (ESIAU). Entre retrouvailles, témoignages et remise de diplômes, la cérémonie a retracé deux décennies d’une institution qui entend contribuer à la formation des futurs bâtisseurs du Mali et de l’Afrique. Le rendez-vous était placé sous le thème : « Unisson et bâtissons l’Afrique de demain ».
Dans l’assistance, les étudiants occupaient une place particulière. Pour certains, cette célébration était l’occasion de découvrir l’histoire et les premières réussites de leur établissement. Pour les parents, elle représentait aussi un moment de fierté, au regard du parcours accompli par leurs enfants. Enseignants, anciens étudiants et administrateurs se sont, eux, retrouvés autour d’un même bilan : vingt années de formation, de rigueur, de défis et de distinctions.
Présidant la cérémonie d’ouverture, la maire de la Commune III du district de Bamako, Mme Diallo Aminata Djiré, a salué deux décennies consacrées à la création et à la transmission des connaissances au service de la nation et particulièrement de la Commune III. Elle a rappelé que l’ingénierie, l’architecture et l’urbanisme occupent une place déterminante face aux défis liés à l’urbanisation, à la croissance démographique et à l’adaptation environnementale.
Selon elle, le développement des villes exige des experts visionnaires, compétents et engagés. Elle a ainsi encouragé une collaboration renforcée entre les collectivités territoriales, les établissements d’enseignement supérieur et les acteurs du développement urbain afin de répondre aux besoins des populations. Aux étudiants, elle a lancé un appel à mettre leur créativité, leur savoir-faire et leur sens du service public au profit du progrès et du rayonnement du Mali.
Au cœur de cette célébration, le fondateur et directeur général de l’ESIAU, Dr Abdoulaye Deyoko, a remercié l’ensemble des personnes ayant effectué le déplacement. Pour lui, l’anniversaire de l’établissement constitue moins une occasion de s’arrêter sur le chemin parcouru qu’une responsabilité supplémentaire. « Une école, c’est l’avenir du pays », a-t-il rappelé, invitant les différents acteurs à signaler les insuffisances de l’établissement afin de contribuer à son amélioration.
Dans une vidéo retraçant le parcours de l’ESIAU, le fondateur est revenu sur plusieurs étapes qui ont marqué l’histoire de l’école. Il affirme notamment que l’établissement avait anticipé le système Licence-Master-Doctorat avant même son introduction au Mali. Les compétitions nationales et internationales auxquelles ses étudiants ont participé constituent également, selon lui, des repères importants.
En 2014, l’ESIAU s’est classée deuxième au niveau mondial lors d’une rencontre organisée à Paris, avec un de ses étudiants représentant le Mali. L’établissement s’est ensuite illustré dans des compétitions consacrées à l’intelligence artificielle et à la robotique, remportant deux médailles d’argent. En 2021, il s’est classé premier lors d’une compétition réunissant 22 écoles d’architecture au Cameroun. En 2022, deux places mises en jeu dans un concours destiné aux architectes ont été remportées par deux étudiantes de l’ESIAU.
En 2026, l’établissement a également participé à un concours organisé à Lomé, à l’invitation du nouveau directeur de l’EAMO, et s’est classé troisième sur 17 participants. À ces performances s’ajoute une victoire dans un concours d’art oratoire. Le fondateur a aussi évoqué l’appui reçu en matière d’innovation, notamment avec la mise à disposition de six ordinateurs par les autorités.
Mais au milieu de cette succession de résultats, Dr Abdoulaye Deyoko insiste sur une satisfaction particulière : la progression de la présence féminine au sein de l’école. « Au début, il n’y avait que deux filles », rappelle-t-il. Aujourd’hui, les filles représentent 52 % des étudiants de l’ESIAU, une évolution qu’il considère comme l’une des grandes réussites de l’établissement.
L’histoire de l’ESIAU ne se limite toutefois pas aux salles de cours et aux concours. Dans le quartier de Badialan I, où l’établissement est implanté, son action est également perçue à travers plusieurs réalisations. Modibo Djiré, chef du quartier, a formulé des bénédictions au nom des habitants et exprimé leur reconnaissance envers l’école.
Il a notamment cité l’accompagnement apporté par l’ESIAU à plusieurs réalisations dans le quartier, dont les pavages et la plantation d’arbres. Pour lui, l’établissement est devenu au fil des années un acteur qui participe à la vie et à l’amélioration de son environnement.
Le chef de quartier a toutefois profité de la tribune pour soulever la question de la reconnaissance des diplômes de l’ESIAU par l’Ordre des architectes du Mali. Il estime regrettable qu’une école reconnue par l’État puisse encore rencontrer des difficultés sur cette question, alors que plusieurs de ses anciens étudiants exercent comme architectes à travers le monde. Il a également rappelé que l’établissement accueille des étudiants venus de plusieurs pays africains, dont certains retournent ensuite mettre leurs compétences au service de leur pays.
La célébration a aussi été marquée par la présentation d’une mallette pédagogique, fruit d’une collaboration entre l’ESIAU et l’association YAM Solidarité du Burkina Faso. Ce projet s’inscrit dans une réflexion sur de nouvelles manières de penser l’architecture, l’habitat et les constructions, notamment en lien avec les besoins des populations et l’agriculture moderne.
Pour le responsable de YAM Solidarité, l’architecture de demain doit se construire avec les habitants et non sans eux. Il a salué l’engagement du fondateur de l’ESIAU et la volonté de l’établissement de participer à l’émergence de nouvelles approches adaptées aux réalités africaines.
Dans cette salle où se côtoyaient étudiants, enseignants, parents et anciens, les souvenirs des premières années ont également refait surface. Sur vidéo projection, Kadiatou Berthe, membre de la cinquième promotion de l’ESIAU, a témoigné de la rigueur qui, selon elle, caractérise l’établissement. Elle a notamment évoqué une période où le directeur avait renvoyé l’ensemble des étudiants. « Certes, on n’était pas nombreux, mais cela traduisait surtout la rigueur de l’établissement », a-t-elle expliqué.
Cette rigueur, évoquée par une ancienne étudiante, rejoint le discours porté par la direction sur la formation et l’exigence professionnelle. Vingt ans après sa création, l’ESIAU revendique ainsi un parcours jalonné de générations d’étudiants, de distinctions et d’expériences, mais aussi de relations avec son environnement et avec d’autres acteurs du continent.
La cérémonie s’est finalement achevée sur l’un des moments les plus attendus par les familles : la remise solennelle des diplômes aux étudiants ayant soutenu leurs travaux. Les parchemins, signés par le directeur général de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ont été remis sous les regards des parents, des enseignants et des responsables de l’établissement.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
