
Au Mali, il faut parfois faire semblant de se chamailler pour réussir à mettre tout le monde d’accord. C’est le scénario pour le moins original imaginé par deux humoristes maliens, Madouba, du groupe Les Villageois de Sikasso, et Rba, jeune comédien de Ségou. Leur recette : simuler une rivalité entre Sikasso et Ségou afin de mobiliser les populations autour d’un objectif bien précis : offrir une voiture à Rba.
Sur les réseaux sociaux, le spectacle a rapidement pris des airs de véritable compétition régionale. Vidéos, provocations et petites piques entre les deux camps ont donné l’impression que Sikasso et Ségou avaient ouvert un nouveau championnat. Sauf qu’ici, il n’y avait ni arbitre, ni trophée, ni classement : le seul prix à gagner était une voiture.
Mais à force de jouer la rivalité, certains ont fini par croire que la comédie était devenue réalité. La situation a même suscité la réaction du gouverneur de Sikasso. Dans un communiqué, elle a appelé les populations à la retenue, estimant que certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ne favorisaient pas la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
L’administration avait donc commencé à regarder sérieusement ce qui, à l’origine, n’était qu’une mise en scène humoristique. Les comédiens jouaient la rivalité, mais Mme le gouverneur, elle, avait déjà commencé à jouer le rôle de l’arbitre.
Derrière cette agitation se cachait pourtant une opération beaucoup plus sympathique : créer un élan de solidarité autour de Rba. Et le plan a fonctionné au-delà des attentes.
Les populations de Ségou ont finalement offert une voiture à leur jeune humoriste. De son côté, Madouba a mobilisé son réseau et lancé une collecte auprès des populations de Sikasso et de Koutiala. Plus de 3 millions de francs CFA ont ainsi été réunis pour soutenir son ami et collègue.
La fausse rivalité venait donc de produire un véritable exploit : Ségou gagnait une voiture, Sikasso gagnait le mérite d’avoir participé, et les deux régions gagnaient surtout en solidarité.
Comme quoi, au Mali, il existe désormais une nouvelle manière de faire du « clash » : on se provoque sur Internet, on fait monter la température, on laisse les internautes choisir leur camp… puis on se retrouve autour d’une cotisation.
Le plus important reste que le scénario n’aura finalement opposé personne. Au contraire, il aura permis de créer un brassage entre les populations de Ségou, Sikasso et Koutiala, autour de l’humour et de la solidarité.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
