
Six ans après le 18 août 2020, le Mali demeure engagé dans une transformation profonde de son système politique et de ses orientations stratégiques. La transition a permis de rompre avec plusieurs choix opérés avant cette date, notamment sur les plans diplomatique, sécuritaire et institutionnel. Mais ces changements ne suffisent pas, à eux seuls, à établir un bilan définitivement positif ou négatif. La période se caractérise surtout par des acquis importants, accompagnés de défis qui restent largement ouverts.
Le premier changement majeur concerne la souveraineté et la politique extérieure. Le Mali a progressivement réorienté ses partenariats, notamment après le départ des forces françaises et la rupture avec certains mécanismes régionaux. Le rapprochement avec la Russie et d’autres partenaires, ainsi que la création de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, traduisent la volonté des autorités de construire une politique davantage fondée sur l’autonomie stratégique.
Cette réorientation constitue un changement important par rapport à la période précédant 2020. Toutefois, la souveraineté ne peut être évaluée uniquement à travers les ruptures diplomatiques. Elle doit également être appréciée à partir de la capacité de l’État à assurer la sécurité, à fournir des services publics et à répondre aux besoins économiques et sociaux de la population.
Sur le plan sécuritaire, les autorités ont consacré des moyens considérables au renforcement des Forces armées maliennes. Les équipements militaires, les capacités aériennes, les effectifs et les infrastructures ont été développés. Cette évolution a renforcé l’autonomie opérationnelle de l’armée et la capacité de l’État à conduire ses propres opérations.
Cependant, cette progression militaire n’a pas fait disparaître la menace terroriste. Les groupes armés conservent des capacités d’action et continuent de représenter une menace pour les populations et certains axes stratégiques. Le principal enjeu est donc désormais de transformer le renforcement militaire en stabilisation durable, avec une présence effective de l’État dans les zones reconquises.
Selon plusieurs observateurs, le bilan institutionnel apparaît davantage contrasté. Les Assises nationales de la refondation et l’adoption de la Constitution de 2023 ont constitué des étapes importantes dans la transformation du système politique. Mais la prolongation de la transition et la réduction de l’espace politique, notamment après la dissolution des partis, soulèvent des interrogations sur le pluralisme, la participation citoyenne et les garanties institutionnelles.
Cette question est centrale pour l’avenir du Mali. Une refondation durable suppose des institutions capables de fonctionner indépendamment des personnes qui les dirigent. Elle nécessite également des mécanismes permettant de résoudre les crises politiques sans recourir à des ruptures institutionnelles.
L’autre grande limite du bilan concerne les conditions de vie. Les attentes liées à l’emploi, au coût de la vie, à l’accès à l’électricité, aux services sociaux et à la justice restent fortes. La réussite de la transition sera nécessairement jugée à l’aune de ses effets concrets sur la population. La souveraineté et la réforme institutionnelle gagnent en légitimité lorsqu’elles se traduisent par davantage de sécurité, de justice et de perspectives économiques.
Au terme de six années, la transition a donc profondément transformé le Mali sans avoir encore achevé la refondation annoncée. Elle a renforcé l’autonomie stratégique du pays et engagé des changements institutionnels majeurs, mais elle doit encore démontrer sa capacité à produire une stabilité politique, sécuritaire et sociale durable.
L’enjeu des prochaines années sera précisément de transformer les acquis de la période de transition en institutions pérennes. Le véritable succès de la refondation dépendra moins de la durée de la transition que de sa capacité à laisser derrière elle un État plus solide, une sécurité durable, une justice crédible et un cadre politique suffisamment inclusif pour éviter le retour des crises qui ont marqué l’histoire récente du pays.
La rédaction
