
De la transformation des déchets à l’agroécologie, en passant par la mode, la beauté, le numérique et les métiers créatifs, le Fonds d’Appui à la Création et d’Entreprises par les Jeunes Phase II (FACEJ II) imprime sa marque dans l’écosystème entrepreneurial malien. À travers le financement, la formation, l’accompagnement technique, le suivi et le réseautage, le dispositif accompagne des jeunes entreprises confrontées à diverses difficultés et les aide à franchir de nouvelles étapes dans leur développement.
À Badalabougou, Aminata Traoré, promotrice de Mi Pavé Mali Propre Décoration SARL, a choisi de faire des déchets plastiques une matière première. Son entreprise les transforme en pavés et en goudron et intervient également dans le nettoyage. Grâce à ses équipements, elle conçoit aussi de petits caniveaux destinés à faciliter l’écoulement des eaux.
Avant l’accompagnement du FACEJ II, le tri des déchets se faisait encore manuellement. Une méthode pénible qui exposait la promotrice à des risques de blessures et limitait ses capacités de production. L’appui financier de 7 millions de FCFA lui a permis d’acquérir notamment une machine de tri, un tricycle, une installation solaire, un kiosque et une brouilleuse.
Le changement est aujourd’hui visible. Le travail est devenu moins pénible, la capacité de production s’est améliorée et cinq emplois sont maintenus dans l’entreprise. Aminata Traoré met également en avant les formations en gestion et en entrepreneuriat, ainsi que le réseautage, qui lui ont permis d’améliorer sa gestion et de développer sa visibilité.

À Samè, sur la route de Kati, Massa Coulibaly développe une autre approche de l’économie verte avec Agrotek-Bio. L’entreprise valorise les déchets organiques grâce aux larves de mouches soldats noires pour produire des protéines et des intrants agricoles 100 % biologiques.
Avant de croiser la route de FACEJ, l’entreprise était confrontée au manque d’équipements, à l’absence de moyens de transport adaptés pour la collecte des déchets et aux difficultés de recrutement. L’accompagnement a permis la mise en place d’une nouvelle ferme ainsi que l’acquisition d’une machine à broyer, d’une machine à granulés et d’un tricycle.
Pour le promoteur, ces investissements ont permis à Agrotek-Bio de changer d’échelle. La production a triplé, le chiffre d’affaires a progressé et trois emplois au total, (un chauffeur de tricycle, un ouvrier et un gardien), ont été créés. Massa Coulibaly considère ainsi le FACEJ comme un levier ayant permis à son entreprise de renforcer ses capacités et d’accroître sa visibilité.

Dans la mode et la valorisation du patrimoine malien, Oumou Yanogué, promotrice d’Anw Dambé, s’appuie sur une formation en gestion d’entreprise et administration, avec une licence et un master dans ce domaine. Elle évolue depuis plusieurs années dans l’entrepreneuriat et la mode.
Son entreprise travaille avec des artisans locaux autour du bogolan, de l’indigo et du koba. Elle développe des motifs, des couleurs et des designs inspirés du patrimoine culturel malien, mais adaptés aux goûts des nouvelles générations.
Anw Dambé manquait notamment de moyens financiers pour développer sa production et améliorer son espace de travail. L’entreprise avait également besoin d’un accompagnement technique pour mieux structurer son activité.
L’appui financier et technique reçu lui a permis de renforcer son atelier, d’acquérir des équipements et d’améliorer son organisation interne. Sa capacité de production s’est accrue et son cadre de travail est devenu plus professionnel. L’entreprise se considère aujourd’hui mieux préparée pour développer ses activités et conquérir de nouveaux marchés, notamment à l’international.

À Magnambougou, Teninba Sangaré, promotrice de Beauté Africaine, a elle aussi connu les difficultés liées à l’accès à l’électricité. Spécialisée dans la tresse, le maquillage, la pédicure et la manucure, son activité était fortement pénalisée par les coupures, avec un manque à gagner important.
Le financement de 5 millions de FCFA et les formations reçues dans le cadre du FACEJ ont contribué à renforcer son activité. Elle a pu conserver ses anciens clients, en acquérir de nouveaux et recruter jusqu’à 12 jeunes travailleurs désormais rémunérés chaque mois, contre trois employés auparavant.
Pour la promotrice, la formation constitue l’un des principaux apports du dispositif. Elle affirme qu’en une semaine, elle a acquis une nouvelle vision de l’entrepreneuriat et revu sa manière de gérer son activité. Elle estime, par ailleurs, qu’environ 70 % de ses revenus actuels sont liés au développement rendu possible par l’appui du FACEJ.

À Kalaban Coura, Aboubacar Kanouté, PDG de Kalebasse, poursuit depuis la création de son entreprise en avril 2019 une activité centrée sur le design, l’impression, la sculpture et la formation. L’entreprise a progressivement développé son offre et formé des centaines de jeunes à travers le Mali. Elle propose également des contenus de formation en ligne en bambara et travaille à une offre en français.
Avant l’accompagnement, certaines opérations d’impression étaient externalisées. Cette situation entraînait des coûts supplémentaires et des pertes de temps. Grâce au dispositif, Kalebasse a acquis deux machines, dont une traceuse et une imprimante multifonctions, lui permettant d’internaliser certaines opérations.
Le résultat se traduit par un gain de temps, une réduction des coûts et une meilleure organisation du travail. L’entreprise compte aujourd’hui cinq emplois permanents, auxquels s’ajoutent de nombreux stagiaires formés. Aboubacar Kanouté affirme également que Kalebasse a plus que doublé son chiffre d’affaires mensuel.
Pour lui, le réseautage constitue un autre acquis important. Les mises en relation avec des banques, des ambassades, des structures d’accompagnement et d’autres entrepreneurs ont contribué à l’obtention de nouveaux marchés.

À Kalabancoro, à quelques kilomètres de Kalebasse, PRODEVMA est une entreprise spécialisée dans l’informatique et l’ingénierie des systèmes. Elle accompagne les structures publiques, privées et internationales dans la digitalisation, la prestation de services informatiques et la sécurisation des accès numériques. L’entreprise propose des solutions adaptées aux besoins de ses clients, depuis l’identification des besoins jusqu’à la mise en œuvre, en privilégiant l’innovation, la qualité et des stratégies flexibles et efficaces.
La directrice générale et promotrice, Fatoumata Ba, a, pour sa part, utilisé l’accompagnement du FACEJ pour répondre à plusieurs contraintes qui freinaient son entreprise. Les coupures d’électricité, les difficultés de trésorerie et les retards de paiement des clients affectaient notamment son fonctionnement.
L’installation de panneaux solaires, l’acquisition de nouveaux ordinateurs et de matériels ont renforcé les capacités de PRODEVMA. L’accompagnement technique a également permis à l’équipe de développer ses compétences commerciales et de mieux présenter les solutions proposées par l’entreprise, qui compte à ce jour 20 employés permanents.
Le réseautage entre bénéficiaires a, lui aussi, ouvert de nouvelles opportunités. PRODEVMA poursuit désormais sa dynamique d’innovation, avec notamment un dispositif de contrôle du niveau de carburant des groupes électrogènes en phase de test et une plateforme numérique destinée au secteur éducatif.

Du financement à la structuration des entreprises
À travers ces différents parcours, le FACEJ II apparaît ainsi comme plus qu’un mécanisme de financement. Pour des entreprises confrontées au manque d’équipements, aux contraintes énergétiques, aux difficultés de production ou encore au besoin de structuration, l’accompagnement associe financement, formation, appui technique, suivi et mise en réseau.
Cette dynamique s’inscrit au sein du ministère de l’Entrepreneuriat National, de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MENEFP), avec PROMAN et ACK International comme consortium gestionnaire du fonds et le soutien financier des Royaumes du Danemark et des Pays-Bas.
C’est dans ce cadre que la ministre de l’Entrepreneuriat National, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a effectué, le jeudi 30 juillet 2026, une visite de terrain auprès de Kalebasse et de PRODEVMA. L’objectif était de constater les résultats du FACEJ II à travers les témoignages des bénéficiaires.
La ministre a salué les résultats enregistrés sur le terrain et relevé la performance de plusieurs bénéficiaires lors du concours de plans d’affaires organisé dans le cadre du Salon international de l’entrepreneuriat de l’AES en 2025. Pour elle, ces résultats illustrent la pertinence d’un accompagnement associant financement et renforcement des capacités.
Oumou Sall Seck a également inscrit le FACEJ dans une stratégie plus large de développement de l’entrepreneuriat au Mali, en rappelant l’adoption de la Stratégie nationale de l’entrepreneuriat et de son Plan d’action 2026-2030, ainsi que la complémentarité des différents programmes de son département.
Pour Christine Kaboré Kayitesi, responsable de l’équipe du FACEJ II, la réussite du programme repose également sur la rigueur des bénéficiaires. Elle les invite à gérer avec responsabilité les ressources mises à leur disposition, à respecter leurs engagements envers les institutions financières et le projet et à inscrire leur développement dans une perspective durable.
Pour M. Bocar Sire Ba, représentant du bailleur de fonds, le Royaume du Danemark au Mali, « on sait que le pays traverse une crise, mais malgré tout ça, quand il y a des investissements et quand il y a l’environnement qui est créé autour des jeunes, ça peut créer de la croissance économique. Donc, l’appui aux jeunes pour pouvoir se formaliser, pour pouvoir être accompagnés au niveau des banques, c’est extrêmement important pour la croissance économique, parce que ce sont les jeunes qui sont formalisés et qui créent aussi de l’emploi ».
Des bénéficiaires qui veulent aller plus loin
Après les premiers résultats, les entrepreneurs accompagnés souhaitent désormais consolider leurs acquis.
Oumou Yanogué veut poursuivre le développement d’Anw Dambé et conquérir de nouveaux marchés. Aminata Traoré appelle au maintien de l’appui en faveur des femmes et des jeunes. Massa Coulibaly souhaite, pour sa part, que davantage d’entrepreneurs puissent bénéficier du dispositif.
Fatoumata Ba plaide également pour le renforcement de l’accompagnement des femmes entrepreneures. Elle souligne que l’organisation des bénéficiaires par filière peut favoriser la solidarité et faciliter la résolution de difficultés communes, notamment en matière d’approvisionnement en matières premières et d’exécution des marchés.
Pour ces entrepreneurs, le défi est désormais de transformer les acquis en croissance durable. Leurs parcours montrent que, lorsqu’il est associé aux compétences, au suivi et au réseautage, le financement peut permettre à de petites entreprises de franchir un cap, de renforcer leurs capacités et de créer ou de consolider des emplois.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
