À la tête de l’Association des Élèves, Étudiants et Stagiaires Maliens au Sénégal (AEESMS), Mamady Kamara incarne une nouvelle génération de leaders engagés. Dans cet entretien, il revient sur le fonctionnement de l’association, les défis quotidiens des étudiants maliens au Sénégal et les projets qui marqueront la fin de son mandat, dont la grande Journée culturelle prévue le 27 décembre 2025
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Journaliste :
Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler un peu de votre parcours ?
Mamady Kamara :
Je suis Mamady Kamara, président de l’Association des Élèves, Étudiants et Stagiaires Maliens au Sénégal (AEESMS).
L’AEESMS est une association qui a vu le jour en 1972, c’est donc l’une des plus anciennes associations estudiantines au Sénégal. À l’époque, elle avait pour vocation, notamment durant la période du régime dictatorial, de contribuer à l’avènement de la démocratie au Mali.
Journaliste :
Comment se compose le bureau actuel et comment s’organise son fonctionnement ?
Mamady Kamara :
Le bureau se compose ainsi : un secrétaire général, chargé de coordonner toutes les stratégies mises en place par les présidents. Il veille à leur bon fonctionnement et nomme à son tour les responsables des différentes cellules : la cellule communication, la cellule chargée des relations extérieures, la cellule culturelle, la cellule pédagogique et le trésorier.
Au total, neuf cellules composent le bureau.
Une Assemblée générale est organisée tous les six mois pour élire les présidents. À cette occasion, les membres du bureau présentent leurs bilans et exposent les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de leurs activités.
Journaliste :
Comment assurez-vous la coordination des étudiants dispersés dans les différentes institutions du pays ?
Mamady Kamara :
C’est une excellente question et un défi majeur sur lequel notre bureau a longuement travaillé.
Nous sommes présents partout au Sénégal. C’est vrai que le pouvoir est centralisé à Dakar, vu le nombre important d’étudiants maliens, mais nous avons mis en place un système de coordination efficace, basé sur le principe du “one to many” (une personne vers plusieurs).
Dans chaque établissement public ou privé, nous avons créé une cellule spéciale dirigée par un président d’antenne.
Une fois qu’un nouvel étudiant s’inscrit, un bureau local est formé, et son président rejoint la cellule nationale des présidents d’antennes. Ce sont eux qui relaient les informations auprès des étudiants, car ils sont plus proches d’eux au quotidien.
Nous avons également créé un site web, une première dans l’histoire de l’association. C’est une vitrine entre les étudiants, les parents et l’association.
Souvent, les parents manquent d’informations sur les établissements ; désormais, toutes les informations sont accessibles en ligne.
Le site contient la liste des membres du bureau, un guide de l’étudiant malien au Sénégal, des liens pour vérifier quelles écoles sont reconnues par le CAMES, et même des informations pratiques comme les lignes de bus de Dakar.
Journaliste :
Comment se fait le financement de vos activités ? Vous comptez uniquement sur les cotisations ou bénéficiez-vous d’autres soutiens ?
Mamady Kamara :
C’est une association à but non lucratif et apolitique.
Nous finançons nos activités principalement grâce à la vente de cartes de membre à 1 000 francs CFA l’unité.
Malheureusement, beaucoup d’étudiants ne les achètent pas.
Mais je reste reconnaissant, car sous mon mandat, nous avons réussi à en vendre 200 à 300 cartes, ce qui montre une réelle volonté d’implication.
Nous avons aussi des partenaires bienfaiteurs, notamment des opérateurs économiques maliens installés au Sénégal.
À chaque événement, ils répondent toujours présents.
Nous collaborons également avec des écoles privées, des médias et d’autres partenaires qui nous accompagnent selon leurs moyens.
Journaliste :
Face aux situations d’urgence maladie, difficultés administratives ou décès d’un membre comment l’association réagit-elle ?
Mamady Kamara :
Nous collaborons étroitement avec le Haut Conseil des Maliens au Sénégal, qui regroupe toutes les couches de la communauté : étudiants, commerçants, transitaires, etc.
Quand un problème dépasse nos compétences, par exemple un cas juridique ou d’emprisonnement, nous faisons appel au Haut Conseil.
En cas de décès, la solidarité malienne s’exprime pleinement.
À chaque fois qu’un appel est lancé, nous recevons toujours les fonds nécessaires pour le rapatriement ou l’enterrement du défunt.
Journaliste :
Quelles sont les principales activités que vous avez organisées cette année ?
Mamady Kamara :
Nous avons organisé la Nuit du Mali à l’UCAD en juin dernier, ainsi qu’un tournoi de Maracana qui a réuni de nombreux étudiants maliens.
Nous avons également tenu une rupture collective du Ramadan, en partenariat avec le Haut Conseil des Maliens.
Par ailleurs, nous avons lancé une cagnotte de solidarité pour offrir des dons aux plus démunis et aux hôpitaux durant le mois de Ramadan.
Notre dernière activité aura lieu le 27 décembre prochain : une journée culturelle pour clôturer le mandat, Incha’Allah.
Journaliste :
Comment accueillez-vous et accompagnez-vous les nouveaux étudiants maliens à Dakar ?
Mamady Kamara :
Ce n’est jamais facile pour un nouvel étudiant d’arriver sans repères.
Nous avons donc mis en place une procédure d’intégration, dès le Mali.
Sur notre site, les étudiants peuvent s’informer sur les écoles reconnues et les villes.
Une fois inscrits, les présidents d’antennes de ces établissements sont directement informés et prennent en charge les nouveaux arrivants pour faciliter leur intégration.
Journaliste :
Parmi toutes vos actions, laquelle vous rend le plus fier aujourd’hui ?
Mamady Kamara :
Sans hésiter, la rupture collective.
C’était ma première grande activité en tant que président.
Le budget était quasi nul, mais grâce à la mobilisation du bureau et au soutien de nos partenaires, nous avons réussi.
Ce jour-là, même les anciens membres qui avaient quitté l’association sont revenus.
C’était un moment fort et inoubliable.
Journaliste :
Quelles relations entretenez-vous avec l’Ambassade du Mali au Sénégal ?
Mamady Kamara :
Nous avons une relation spéciale avec l’ambassade.
L’actuel ambassadeur est une personne très accessible, toujours disponible et franche.
L’ambassade nous accompagne dans toutes nos activités sans aucune réserve.
Journaliste :
Recevez-vous un appui financier, matériel ou logistique de la part d’institutions publiques ou privées ?
Mamady Kamara :
Des institutions publiques, non, car notre association n’a pas encore de reconnaissance juridique au Sénégal.
Journaliste :
Quelles sont les principales difficultés auxquelles font face les étudiants maliens au Sénégal ?
Mamady Kamara :
Elles sont nombreuses.
D’abord, les conditions de vie : le logement est trop cher.
Les parents doivent comprendre que la vie ici est bien plus coûteuse qu’au Mali.
Avec 100 000 ou 150 000 francs, tu paies 80 000 de loyer, il ne te reste presque rien.
Il y a aussi les difficultés d’intégration, notamment à cause de la barrière linguistique.
Le wolof est très utilisé, même dans les cours, ce qui complique parfois la compréhension.
Journaliste :
Quelles sont, selon vous, les faiblesses internes que l’association doit encore améliorer ?
Mamady Kamara :
Notre principale faiblesse, c’est le manque d’engagement des étudiants.
Beaucoup ne s’impliquent pas dans les activités qui les concernent directement.
Les Maliens assistent souvent aux événements des autres communautés, mais pas aux leurs.
Nous devons changer cela et renforcer la solidarité entre nous.
Journaliste :
Le logement, les papiers, le coût de la vie… ce sont souvent des sujets sensibles : comment les gérez-vous ?
Mamady Kamara :
Nous avons créé une cellule spéciale pour l’immobilier.
Certains courtiers profitaient des étudiants en prenant des cautions sans jamais livrer les logements.
Désormais, le groupe est géré par des étudiants maliens de confiance, connus de l’association, sans aucune commission perçue.
Journaliste :
Le contexte actuel au Mali politique, sécuritaire et économique a-t-il un impact sur la vie des étudiants à Dakar ?
Mamady Kamara :
Bien sûr.
Les étudiants dépendent de leurs parents, donc la crise économique et géopolitique au Mali a un impact direct sur eux.
Quand les activités économiques tournent au ralenti, cela affecte forcément leur survie ici.
Journaliste :
Quels sont les grands projets que vous souhaitez réaliser durant votre mandat ?
Mamady Kamara :
Notre grand projet, c’est la journée culturelle du 27 décembre, pour célébrer le Mali dans toute sa diversité.
Le président de la République a décrété 2025 “année de la culture”, et nous voulons y contribuer.
Mon autre ambition est de faciliter l’insertion professionnelle des étudiants maliens.
Grâce à Dieu, plusieurs d’entre eux ont déjà trouvé des opportunités concrètes.
Journaliste :
Quel message souhaitez-vous adresser aux nouveaux étudiants maliens qui arrivent à Dakar ?
Mamady Kamara :
Il faut croire en soi.
L’étudiant malien est compétent, mais souvent paresseux intellectuellement.
Il faut aller au-delà de ce qu’on apprend en classe, faire des recherches, être curieux et persévérant.
Journaliste :
Pour terminer, quel appel ou message voulez-vous lancer à l’ensemble de la communauté malienne et à vos partenaires ?
Mamady Kamara :
J’appelle tous les Maliens et partenaires à nous accompagner pour la journée culturelle du 27 décembre 2025, qui sera l’occasion de valoriser la richesse de notre culture.
Nous comptons sur l’implication des étudiants et sur le soutien des médias pour vulgariser l’événement et atteindre un large public.
Entretien Réalisé par Djibrilla Touré
