
À Mopti, les 13 et 14 novembre 2025, la session du Comité consultatif de sécurité régional (CCSR) a mis en lumière un enjeu central : comment restaurer la confiance entre populations et institutions dans une région toujours fragilisée par l’insécurité ? Organisée par l’ONG Diam Sahel et présidée par le gouverneur, le général de brigade Daouda Dembélé, la rencontre a davantage ressemblé à un chantier collectif de réflexion qu’à une simple réunion administrative.
Pendant deux jours, autorités administratives, forces de défense et de sécurité (FDS), leaders communautaires et société civile ont travaillé autour d’une idée maîtresse : faire de la sécurité un espace de dialogue permanent où chaque acteur a voix au chapitre. La démarche, inscrite dans la réforme du secteur de la sécurité engagée par l’État malien depuis 2013, entend rapprocher institutions et citoyens grâce à des cadres consultatifs désormais installés dans toutes les régions.
Si les échanges ont été francs, ils ont surtout rappelé une réalité déjà connue : aucun dispositif sécuritaire ne pourra fonctionner durablement sans l’adhésion des communautés. Selon Diam Sahel, l’insécurité persistante dans plusieurs zones de la région impose une meilleure coordination entre FDS, autorités locales et populations, afin de mettre fin au travail en silos et favoriser la circulation de l’information.
Présentant le plan d’actions opérationnel 2025-2028, le président du conseil d’administration de l’ONG, Yaya Bamadio, a insisté sur la cohésion sociale comme fondement de toute gouvernance locale de la sécurité. Le document, aligné sur les orientations nationales et les conclusions du dialogue inter-malien, mise sur les mécanismes endogènes de gestion des conflits pour ramener confiance et stabilité.
Mais au-delà des ambitions, la session a exposé les faiblesses du système. Mamadou Sidiki Konaté, conseiller à la sécurité du gouverneur, a évoqué sans détour les contraintes financières qui freinent la mise en œuvre effective des recommandations du CCSR. « L’absence de partenaires ralentit la réalisation du plan d’action, alors que les besoins sont importants », a-t-il regretté.
Les panels thématiques ont rappelé qu’une police de proximité bien dotée, bien formée et acceptée par les populations peut devenir un outil majeur de prévention. Les intervenants ont souligné que cette approche ne peut réussir que si les services de l’État se rapprochent davantage des zones rurales, souvent isolées et les plus exposées aux risques sécuritaires.
Un message relayé avec force par Aly Kampo, ancien Chef ERAR Mopti : « Les communautés demandent depuis longtemps à être impliquées dans la gestion de leur propre sécurité. La démarche de concertation adoptée ici est essentielle, mais elle doit se traduire par des actions concrètes, notamment l’équipement du comité et l’opérationnalisation de la police de proximité », a-t-il insisté.
Le gouverneur Daouda Dembélé, saluant l’appui de la Coopération suisse (DDC), a rappelé que Mopti demeure une région résiliente, déterminée à poursuivre la quête de paix malgré les défis multiformes.
Au terme des travaux, les participants ont exprimé le souhait que les conclusions de la session alimentent effectivement le plan d’actions prioritaires en cours de finalisation. Au-delà des résolutions, c’est la volonté de bâtir une gouvernance sécuritaire plus inclusive qui s’affirme à Mopti : une gouvernance où la sécurité n’est plus seulement l’affaire des FDS, mais un engagement partagé entre État, communautés et acteurs locaux.
Par Tidiane Bamadio
