
Introduction
Depuis 2008, le Mali s’est engagé dans une réforme méthodique de son système d’enseignement supérieur. En 2026, cette mutation atteint un tournant décisif avec la mise en œuvre de la réforme « Bac+3 » et une volonté de souveraineté scientifique accrue, portée par le nouveau cadre budgétaire national.
État des Lieux et Cartographie du Système
Le paysage universitaire malien s’est densifié et diversifié, s’alignant sur les standards internationaux (LMD) :
11 Universités Publiques : Avec la création récente de l’Université Polytechnique de Bandiagara (2025), le Mali renforce son maillage territorial.
11 Grandes Écoles et Instituts Publics : Centres d’excellence pour les formations techniques.
201 Établissements Privés : Un secteur dynamique qui absorbe une part croissante de la demande.
Recherche de pointe : L’ED-DESSLA (École Doctorale en Droit, Économie, Sciences Sociales, Lettres et Arts) s’impose désormais comme le moteur de la formation des formateurs, remplaçant l’IPU et l’ISFRA.
Analyse des Défis Majeurs (Données 2024-2026)
1. Accès et Dynamique des Effectifs
Bien que le nombre d’étudiants progresse, le taux de scolarisation reste un défi.
Effectifs : On estime désormais à plus de 150 000 le nombre d’étudiants inscrits pour l’année universitaire 2025-2026.
Mobilité : La coopération internationale reste forte, avec environ 290 bourses d’excellence octroyées annuellement vers des destinations comme la Russie ou l’Algérie pour les cycles Master et Doctorat.
2. Ressources Humaines : Un Ratio Critique
Le déficit d’encadrement demeure le principal point de vulnérabilité :
Ratio enseignants/étudiants : Les dernières données des États Généraux de l’Éducation indiquent un ratio de 74 étudiants pour 1 enseignant (contre 25 recommandés par l’UNESCO). Dans certaines facultés comme l’USSGB, ce chiffre explose à 230 pour 1.
Pénurie de cadres : Le Mali compte environ 3 000 enseignants-chercheurs, un effectif fragilisé par une vague massive de départs à la retraite.
3. Financement et Performance de la Recherche
Le Mali opère une transition vers une souveraineté fiscale qui impacte le secteur :
Budget 2026 : Le Projet de Loi de Finances 2026 prévoit une hausse des recettes (3 057 milliards FCFA), permettant de porter les dépenses en capital à 4,4% du PIB.
Infrastructure numérique : L’inauguration du Data Center Tier III en 2025 marque une étape clé pour la souveraineté numérique et la recherche technologique.
4. Inéquation Formation-Emploi
Le déséquilibre entre le secteur tertiaire et les besoins agro-sylvo-pastoraux persiste. Malgré un besoin urgent en transformation agro-industrielle, la majorité des diplômés sortent des filières de gestion et de droit, alimentant le chômage structurel.
À la lumière de cette analyse, les recommandations suivantes sont formulées afin d’améliorer la qualité globale de l’enseignement supérieur et de la recherche au Mali.
5. Recommandations
a) Investir davantage dans les infrastructures
Mise en place de laboratoires scientifiques modernes ;
Développement de bibliothèques numériques ;
Accès fiable à Internet et aux ressources électroniques.
b) Développer des partenariats nationaux et internationaux
Co-publication d’articles scientifiques ;
Programmes d’échanges et de mobilité pour les enseignants et les étudiants ;
Mise en œuvre de projets de recherche appliquée en collaboration avec les entreprises.
c) Renforcer l’alignement formation-emploi
Révision des programmes de formation en fonction des besoins du marché du travail ;
Promotion de l’entrepreneuriat et de la recherche appliquée.
Durcir les conditions d’accès aux facultés, instituts et grandes écoles qui forment beaucoup dans le tertiaire.
Reformuler le programme au niveau de l’enseignement secondaire pour faire la promotion des sciences exactes et expérimentales en lieu et place des sciences économiques et sociales.
d) Améliorer les conditions des enseignants-chercheurs
Mise en place de salaires compétitifs ;
Accès à la formation continue ;
Soutien institutionnel à la publication scientifique ;
Accélération du processus d’octroi de la prime de recherche, objet d’une revendication majeure des syndicats de l’enseignement supérieur depuis plusieurs années.
e) Accroître le financement national de la recherche
Augmentation significative du budget national dédié à la recherche scientifique.
Dr Laya Amadou GUINDO,
Maître de Conférences des universités.
