
La région de Gao traverse une nouvelle phase de fortes turbulences. Entre attaques ciblées, insécurité persistante sur les axes routiers et difficultés d’accès humanitaire, le quotidien des populations s’alourdit.
Dans son dernier rapport couvrant le quatrième trimestre 2025, le OCHA dresse un constat préoccupant. L’organisation souligne l’intensification des incidents armés dans la zone dite « des trois frontières », un espace stratégique où convergent le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Les groupes affiliés au JNIM et à l’EIGS y maintiennent une présence active, multipliant les incursions et les actions de harcèlement.
Les axes reliant Gao à Kidal ainsi qu’à la frontière nigérienne figurent parmi les plus exposés. Ces routes, essentielles pour le transport de marchandises et notamment des hydrocarbures, sont régulièrement ciblées par des attaques ou des braquages. Résultat : les convois circulent sous pression, et l’approvisionnement des centres urbains en produits de première nécessité connaît des perturbations répétées.
À cette insécurité routière s’ajoutent des incursions signalées dans certaines localités rurales. Les affrontements opposant les groupes armés aux Forces armées maliennes compliquent davantage l’accès des acteurs humanitaires. Plusieurs zones deviennent temporairement inaccessibles, retardant la distribution de vivres, de soins ou d’assistance aux populations déplacées.
Les répercussions se font sentir bien au-delà du seul champ sécuritaire. La fermeture d’écoles illustre l’impact direct de la crise sur le tissu social. Selon les données relayées par OCHA, près de 37 800 élèves ont été affectés par l’interruption des cours. Sur les 880 établissements recensés dans la région, 109 demeurent non fonctionnels, en grande partie en raison de la présence ou de la menace de groupes armés dans certaines localités.
Cette situation fragilise davantage des communautés déjà confrontées à des difficultés économiques et à des déplacements forcés. La raréfaction des échanges commerciaux, la hausse des prix et l’incertitude sécuritaire pèsent sur les ménages, accentuant leur vulnérabilité.
Face à ces défis cumulés, les acteurs humanitaires appellent à un renforcement des mesures de protection des civils et à la sécurisation des principaux axes de circulation. Pour les habitants de Gao, l’enjeu dépasse la seule question militaire : il s’agit de préserver l’accès à l’école, aux soins et aux marchés, conditions essentielles pour éviter un effritement durable du tissu socioéconomique régional.
Abdallah Keïta
