
La solidarité manifestée à la suite de l’incendie du marché de Médine semble aujourd’hui laisser place à des désaccords entre certains commerçants sinistrés et les autorités municipales. Jeudi 5 mars, une manifestation de victimes du sinistre a été dispersée par les forces de l’ordre à proximité de la mairie du District de Bamako, où se tenait une réunion consacrée à la gestion de l’aide destinée aux commerçants touchés.
Selon plusieurs témoins, un groupe de commerçants s’était rassemblé au niveau du marché de Suguni Kura avant de tenter de rejoindre la mairie centrale. Leur objectif aurait été d’exprimer leur opposition à la création d’une sous-commission chargée de superviser la répartition des dons collectés en faveur des victimes de l’incendie survenu dans la nuit du 15 au 16 février.
Du côté des autorités municipales, cette initiative est présentée comme un mécanisme visant à garantir plus de transparence dans la gestion des contributions reçues. Une source proche de la mairie explique que cette structure aurait pour mission d’assurer une distribution équitable des aides afin d’éviter les frustrations entre bénéficiaires.
Mais pour une partie des commerçants concernés, cette proposition suscite des inquiétudes. Certains estiment que la gestion des dons devrait rester sous la responsabilité directe des acteurs du marché eux-mêmes. Cette divergence de vues semble avoir alimenté la mobilisation observée jeudi.
Face à la tentative de manifestation, les forces de sécurité sont intervenues pour disperser les protestataires et sécuriser les abords de la mairie du District. Un dispositif de sécurité important a été maintenu sur place durant une partie de la journée, limitant l’accès au bâtiment administratif.
Cette situation a également perturbé le fonctionnement de certains services municipaux. Plusieurs activités administratives, notamment liées à la délivrance de vignettes, n’ont pas pu se dérouler normalement en raison des restrictions d’accès.
Parmi les figures citées dans ce différend figure Abdoulaye Cissé, président du Collectif national des acteurs des marchés du Mali (CNAM-Mali). Selon des sources proches du dossier, certains manifestants partageraient sa position sur la question de la gestion des dons. Quelques jours auparavant, ce dernier avait exprimé publiquement son désaccord face à l’idée de confier la distribution des aides à une nouvelle structure. Selon lui, la commission déjà mise en place par la mairie pour recenser les victimes est suffisante pour identifier les bénéficiaires, tandis que la gestion des dons devrait relever des commerçants du marché.
Dans le cadre de ce recensement, la municipalité a indiqué avoir subdivisé le marché en trois zones afin de faciliter l’identification des sinistrés. Cette étape est considérée par les autorités comme préalable à toute distribution d’aide.
La veille de la manifestation, un autre rassemblement avait déjà eu lieu dans l’enceinte de la mairie. Pendant plusieurs heures, un groupe de femmes commerçantes s’y était réuni pour exprimer son opposition à la mise en place de la sous-commission.
Plus de deux semaines après l’incendie qui a ravagé de nombreux étals et causé d’importantes pertes matérielles, les discussions autour de la gestion de la solidarité continuent donc de susciter des tensions. Pour sûr, le défi reste désormais de trouver un mécanisme consensuel permettant d’apporter rapidement un soutien aux commerçants tout en garantissant la transparence dans l’utilisation des dons.
Par Abdallah Keïta
