
Confrontés à une baisse croissante de l’efficacité des pesticides dans les champs de coton, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest accélèrent la riposte contre la résistance des ravageurs. CropLife Africa Middle East et le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) misent désormais sur l’étiquetage du mode d’action des pesticides (MoA) pour aider les producteurs à mieux gérer les traitements phytosanitaires. Une stratégie soutenue par le Réseau des Journalistes pour la Promotion des Produits Agro-Sylvo-Pastoraux et Halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS), engagé en faveur d’une agriculture durable dans 17 pays de la sous-région.
Dans plusieurs bassins cotonniers ouest-africains, les producteurs observent depuis quelques années une diminution progressive de l’efficacité de certains pesticides autrefois performants contre les ravageurs. Si l’ampleur du phénomène varie selon les zones, les spécialistes de la filière s’accordent sur une même réalité : la résistance aux pesticides progresse dans la sous-région et menace durablement la productivité du coton.
Face à cette situation, CropLife Africa Middle East et le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) ont renforcé leur collaboration avec les acteurs de la filière afin de proposer des solutions adaptées aux producteurs.
Au cœur de cette stratégie figure l’étiquetage du mode d’action des pesticides, connu sous l’acronyme MoA (Mode of Action). Cette approche scientifique permet d’identifier clairement, sur les emballages des produits phytosanitaires, le mécanisme utilisé pour éliminer les ravageurs.
L’objectif est d’aider les agriculteurs et les conseillers agricoles à alterner les pesticides selon leurs modes d’action et non plus uniquement selon leurs noms commerciaux. Car l’utilisation répétée de substances fonctionnant de manière similaire favorise le développement de résistances chez les insectes nuisibles.
Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, ce système d’étiquetage demeure encore peu répandu. Malgré l’absence d’une harmonisation complète des réglementations nationales, les acteurs de la filière ont décidé d’engager des expérimentations, des concertations techniques et des sessions de formation pour accélérer son adoption sur le terrain.
Une étude conduite dans plusieurs pays membres du PR-PICA auprès de plus de 1 500 producteurs révèle d’importantes insuffisances dans la gestion de la résistance aux pesticides. Si les agriculteurs assurent un suivi régulier de leurs parcelles, beaucoup continuent toutefois d’alterner uniquement les marques commerciales des produits sans savoir que certaines substances actives possèdent en réalité le même mode d’action.
Selon les experts, cette méconnaissance accentue la pression de résistance sur les ravageurs et réduit progressivement l’efficacité des traitements. Dans certaines localités, des producteurs signalent déjà des pertes d’efficacité de plusieurs pesticides, considérées comme des signes précoces du phénomène.
Les responsables des deux organisations attirent également l’attention sur la circulation croissante de pesticides illégaux et contrefaits dans la sous-région. Souvent commercialisés avec des étiquettes incomplètes ou trompeuses, ces produits compliquent davantage la gestion durable des ravageurs et représentent un risque supplémentaire pour les producteurs et l’environnement.
Pour renforcer la lutte contre la résistance, plusieurs priorités ont été identifiées : l’intégration de l’étiquetage MoA dans les réglementations nationales, le renforcement des capacités des producteurs et des agents de vulgarisation, l’intensification de la lutte contre les produits phytosanitaires illicites ainsi que la promotion de la gestion intégrée des ravageurs.
À travers cette problématique, le Réseau des Journalistes pour la Promotion des Produits Agro-Sylvo-Pastoraux et Halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS) réaffirme son engagement pour une agriculture résiliente, durable et respectueuse des équilibres environnementaux. Présent dans 17 pays de l’espace ouest-africain et sahélien, le réseau œuvre pour une meilleure valorisation des questions liées à l’agriculture, à la pêche, à l’agroforesterie, à l’économie bleue et aux ressources animales, à travers une information professionnelle orientée vers le développement durable.
Tidiane Bamadio
Journaliste et point focal du ReJPAH-AOS au Mali.
