
Le remaniement ministériel tant attendu a enfin eu lieu hier, révélant la composition du nouveau gouvernement. Mais derrière les arbitrages politiques, un chiffre passe mal : sur 30 membres, la nouvelle équipe ne compte que 4 femmes, soit moins que l’équipe sortante qui en dénombrait 5. Dans un pays historique de la parité, ce recul flagrant pose une question de fond : les compétences féminines ont-elles été délibérément occultées ? Analyse d’un rendez-vous manqué avec l’égalité.
Le nouveau gouvernement est là, mais il laisse un goût amer à tous les défenseurs de l’égalité des genres. Alors que l’opinion publique attendait un signal fort de rupture et d’inclusivité, la liste des 30 ministres dévoilée hier a agi comme une douche froide. Avec seulement 4 femmes nominées, le compte n’y est pas. On est loin, très loin du tiers des effectifs, et encore plus de la parité absolue que le Sénégal a pourtant si fièrement incarnée et théorisée par le passé.
Un recul inexplicable par rapport à l’équipe sortante
Ce qui frappe d’emblée, c’est la régression. Le gouvernement sortant, déjà critiqué pour sa faible représentativité féminine, comptait au moins 5 femmes. En tombant à 4 ministres féminines dans une équipe de 30, le pouvoir actuel envoie un signal paradoxal.
Comment expliquer un tel recul dans un pays où la loi sur la parité absolue dans les fonctions électives et semi-électives a longtemps fait office de modèle sur le continent ? Le Chef de l’État, qui s’est pourtant posé en garant des équilibres et des valeurs républicaines, semble ici avoir relégué la question du genre au second plan des urgences nationales.
Le mythe de l’absence de compétences féminines
Face à ce déséquilibre (26 hommes pour seulement 4 femmes), une question s’impose d’elle-même : le président de la République tente-t-il de nous faire croire que sur les 18 millions de Sénégalais, seules 4 femmes ont les compétences requises pour diriger un ministère ?
L’argument de la compétence, souvent brandi pour justifier la surreprésentation masculine, ne tient pas la route. Le Sénégal regorge de cadres émérites, de technocrates brillantes, d’activistes chevronnées et d’expertes reconnues dans tous les domaines d’activité. Réduire la présence féminine à la portion congrue relève d’un choix politique, non d’un manque de profils qualifiés.
« Niari lokhoy takk toubey, niar nioy takk seurr »
Pour comprendre l’incohérence de cette décision, il suffit de se tourner vers la sagesse populaire de notre terroir. L’adage wolof rappelle si bien : « Niari lokho takk toubey, niar nioy takk seurr » (il faut deux mains pour attacher la ceinture, et deux pour nouer le pagne). Ce proverbe traduit une réalité sociologique et économique profonde : le développement, la stabilité et la marche du Sénégal se font à deux mains. Les hommes et les femmes portent ensemble le quotidien de ce pays.
En excluant de fait les femmes des plus hautes sphères de décision, c’est une partie de la force vive de la nation que l’on ampute.
Un rendez-vous manqué avec l’histoire
À l’heure où les défis économiques et sociaux exigent la mobilisation de toutes les énergies, gouverner avec un angle mort sur la moitié de la population est un pari risqué. Les femmes sénégalaises attendent toujours d’être dignement représentées là où se décide l’avenir de la nation.
Par Ndeye Fatou Diop
