
L’inquiétude, mais aussi l’appel à la responsabilité. Réunis ce jeudi 11 juin en assemblée générale d’information à Bamako, les acteurs de la presse malienne ont affiché leur volonté de parler d’une seule voix face à l’incarcération de plusieurs journalistes, tout en privilégiant la voie du dialogue avec les autorités. Une rencontre au cours de laquelle le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, a livré un plaidoyer appuyé en faveur de l’apaisement et du respect des libertés fondamentales.
Au moment où la profession reste mobilisée pour obtenir la libération des directeurs de publication Chahana Takiou, Abderhamane Keïta et Youssouf Sissoko, le président de la faîtière des médias a dressé un constat sévère sur l’état du vivre-ensemble au Mali.
« Jamais dans l’histoire du Mali, la sagesse, la tolérance et le pardon n’ont été denrées aussi rares », a-t-il déclaré devant une assemblée attentive. Une phrase forte qui résume, à elle seule, les préoccupations d’une corporation confrontée à un climat de crispation croissante.
Pour Bandiougou Danté, la situation actuelle est d’autant plus préoccupante que la Maison de la Presse n’a cessé, ces dernières années, d’œuvrer au rapprochement entre les médias et l’institution judiciaire. Journées Justice-Presse, conférences d’échanges, espaces de dialogue, activités sportives : autant d’initiatives qui visaient à instaurer une culture de compréhension mutuelle entre deux acteurs essentiels de l’État de droit.
« La Maison de la Presse a suivi la mort dans l’âme la situation des confrères incarcérés », a-t-il rappelé, avant de regretter que les nombreux appels à la sagesse et à la clémence n’aient pas produit les effets espérés.
Sans remettre en cause les relations humaines entretenues avec les acteurs du secteur judiciaire, le président de la Maison de la Presse a toutefois laissé transparaître une profonde déception quant à l’absence d’un climat plus favorable à la concertation. Selon lui, les circonstances actuelles imposent à tous les acteurs nationaux de faire preuve de retenue et de discernement.
Au-delà du cas des journalistes détenus, son intervention a pris la forme d’un appel à la conscience nationale. « Le Mali est le seul bien que nous avons en commun », a-t-il martelé, estimant que la défense de l’unité nationale, de la stabilité institutionnelle et de l’image du pays constitue une responsabilité collective.
Refusant toute logique d’escalade, la Maison de la Presse entend poursuivre une stratégie fondée sur les mécanismes républicains et les échanges institutionnels. L’organisation privilégie, selon son président, une approche responsable susceptible de concilier la défense des journalistes et la préservation du dialogue avec les autorités.
Cette posture s’accompagne d’un appel à la solidarité professionnelle. La Maison de la Presse a invité les juristes et avocats désireux d’apporter leur concours à la défense des confrères détenus à coordonner leurs initiatives avec elle afin de renforcer l’efficacité des actions engagées.
Dans un contexte où les débats sur la liberté de la presse occupent une place centrale dans l’espace public, Bandiougou Danté a tenu à rappeler que la protection des journalistes dépasse les seuls intérêts corporatistes.
« Défendre les journalistes, c’est défendre le droit du public à une information libre et pluraliste », a-t-il affirmé, réitérant l’attachement de la profession aux principes démocratiques et aux libertés fondamentales.
L’assemblée générale s’est finalement achevée sur un appel à l’unité. Face à l’épreuve, la Maison de la Presse exhorte les professionnels des médias à éviter les démarches dispersées et à privilégier les actions concertées. Pour ses responsables, la cohésion de la famille de la presse demeure aujourd’hui la meilleure garantie pour obtenir des avancées concrètes, tout en préservant la crédibilité d’une profession appelée à jouer un rôle majeur dans la consolidation de la paix et de la démocratie au Mali.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
