
La Haute Autorité de la Communication (HAC) a décidé de suspendre l’émission interactive « Allô Klédu » pour une durée de deux mois, du 25 juin au 25 août 2026. La mesure est contenue dans la décision n°2026-0066/P-HAC rendue publique par l’organe de régulation des médias.
Diffusée sur Radio Klédu, « Allô Klédu » est une émission interactive qui permet aux citoyens d’intervenir en direct pour exprimer leurs opinions sur la gestion du pays, l’actualité nationale et diverses questions d’intérêt public. Au fil des années, elle s’est imposée comme l’un des principaux espaces d’expression des auditeurs sur les ondes maliennes.
Pour justifier sa décision, la HAC explique que certaines éditions de l’émission, notamment celles des 8, 13 et 14 mai 2026, ont donné lieu à la diffusion de propos qu’elle estime contraires aux dispositions encadrant l’exercice de la liberté de la presse. Selon l’institution, des intervenants ont accusé les autorités de profiter de la guerre, de s’enrichir grâce à la crise sécuritaire ou encore de ne pas vouloir mettre fin au conflit, sans fournir de preuves ni permettre un débat contradictoire.
L’autorité de régulation considère également que l’émission est progressivement devenue « une tribune d’expression de défoulement des auditeurs sur les autorités », une situation qu’elle juge incompatible avec les exigences de préservation de l’ordre public et de la sécurité nationale.
Dans le cadre de l’instruction du dossier, la HAC a procédé à l’audition de plusieurs responsables de la radio, dont Bakary Cissé, dit « Bakci », directeur par intérim de Radio Klédu, et Souleymane Coulibaly, journaliste et animateur par intérim de l’émission. Ces échanges ont porté sur le contenu des émissions concernées ainsi que sur les mécanismes de modération mis en place.
Selon la HAC, les responsables de l’émission n’ont pas suffisamment réagi pour encadrer ou recadrer certains propos tenus à l’antenne. L’institution estime que cette absence d’intervention a contribué à la diffusion d’accusations susceptibles d’alimenter la défiance envers les institutions publiques dans un contexte marqué par des défis sécuritaires.
L’organe de régulation indique par ailleurs qu’il n’a pas relevé, lors des auditions, d’éléments traduisant une remise en cause des faits reprochés ou l’expression de regrets de la part des responsables entendus.
La suspension prononcée par la HAC n’est toutefois pas définitive. Conformément aux textes en vigueur, Radio Klédu dispose de la possibilité d’exercer un recours gracieux contre cette décision auprès de l’autorité de régulation.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
