
Au Mali, publier la photo d’un présumé voleur ou escroc sur les réseaux sociaux n’est pas un acte anodin. Dans un communiqué publié ce vendredi 14 août 2026, l’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel (APDP) alerte sur la multiplication de ces pratiques et rappelle que l’image d’une personne identifiable est une donnée à caractère personnel protégée par la loi.
Face à la prolifération des vidéos et photographies de personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions, l’APDP appelle les internautes à la prudence. Selon l’Autorité, aucun particulier ne peut se substituer aux autorités compétentes en exposant publiquement une personne, en l’identifiant ou en la présentant comme coupable alors qu’elle est seulement soupçonnée.
L’APDP souligne que ces pratiques peuvent porter atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment la vie privée, la dignité et la réputation des personnes concernées. Elle rappelle que les auteurs de telles publications peuvent s’exposer à des sanctions administratives et pénales prévues par la Loi n°2013-015 du 21 mai 2013, modifiée, relative à la protection des données à caractère personnel, ainsi que par le Code pénal.
L’avertissement concerne particulièrement les administrateurs de groupes et de pages, les créateurs de contenus, les médias et les simples utilisateurs des réseaux sociaux. Tous sont invités à ne pas publier ni relayer les images ou autres données personnelles de personnes présumées auteurs d’infractions lorsqu’ils n’y sont pas légalement habilités.
Pour l’APDP, la volonté de dénoncer un acte répréhensible ne doit pas conduire à une justice parallèle sur les plateformes numériques. Une photographie ou une vidéo publiée en ligne peut rapidement être copiée, partagée et rendue accessible à un large public, avec des conséquences parfois durables pour la personne concernée, même lorsque les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis.
L’Autorité appelle ainsi les utilisateurs du numérique à davantage de responsabilité et à faire du respect de la vie privée, de la dignité et des droits de chacun un principe essentiel de leurs usages en ligne. À travers cette mise en garde, l’APDP rappelle que « dénoncer un comportement suspect ne donne pas à chacun le droit de condamner publiquement par l’image ».
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
