
Au Mali, les femmes occupent une place essentielle dans la justice climatique, en particulier au niveau communautaire. Elles sont au cœur des activités agricoles, de la gestion de l’eau, de l’alimentation et de la préservation des ressources naturelles. Dans ces lignes qui suivent nous relatons notamment quelques actions menées par quelques organisations de défense de l’environnement animées par des femmes.
Le Mali est un pays agropastoral par excellence. Il est confronté à plusieurs phénomènes naturels dont la désertification, la sécheresse, les inondations. Face à ces catastrophes naturelles, les femmes se mobilisent dans les villes comme dans les zones rurales. Selon la Directrice exécutive de Jeune Volontaire pour l’environnement JVE-Mali, Diallo Oumou Modibo Keita, son organisation travaille directement avec des groupements de femmes, notamment sur des activités de restauration des terres, de reboisement et de formation en pratiques agro écologiques comme le bokashi et les biopesticides.
« À Kourounikoto, dans la région de Kita à 194 Km de Bamako, dans le cadre du projet SOS Baoulé, une bénéficiaire nous a confié : Grâce à ces activités, nous avons retrouvé notre dignité » s’en souvient Diallo Oumou Modibo Keita
Selon elle, ce témoignage illustre l’impact concret des actions climatiques sur la vie et l’autonomisation des femmes. « Cependant, malgré cet engagement, leur participation reste encore limitée dans les espaces de prise de décision, ce qui constitue un enjeu majeur pour une justice climatique inclusive » regrette-t-elle.
Revenant sur la place des organisations féminines de protection de l’environnement, Diallo Oumou Modibo Keita, affirme que les organisations féminines jouent un rôle clé dans la justice climatique au Mali. Elles assurent surtout un travail de proximité indispensable pour sensibiliser, mobiliser et renforcer les capacités des femmes au niveau local. « À travers la COMAGESC, nous accompagnons des femmes leaders et des relais communautaires dans plusieurs localités, à travers des formations, des assemblées villageoises et des actions de plaidoyer. Ces organisations permettent de faire le lien entre les communautés et les décideurs, et contribuent à porter la voix des femmes dans les débats sur le climat, la paix et la sécurité » s’en réjouit-t-elle.
Malgré leur engagement constant, la Directrice exécutive de Jeune Volontaire pour l’environnement JVE-Mali, Diallo Oumou Modibo Keita, révèle que les organisations féminines font face à plusieurs défis à savoir l’accès limité aux financements, des capacités techniques et organisationnelles à renforcer, une faible représentation des femmes dans les instances de décision sans oublier les contraintes liées au contexte sécuritaire dans certaines zones.
Pour trouver des solutions aux difficultés des femmes dans la justice climatique, Diallo Oumou Modibo propose de renforcer les capacités des femmes et des organisations locales, faciliter l’accès aux financements pour les initiatives communautaires, valoriser les solutions locales portées par les femmes, encourager leur participation dans les instances de décision et développer des partenariats durables entre acteurs locaux et internationaux.
« Notre expérience montre que lorsque les femmes sont formées et accompagnées, elles deviennent de véritables actrices du changement dans leurs communautés » insiste-t-elle.
Pour sa part, Fatoumata DEMBELE, Promotrice de Nieleny Dev, met en lumière le lien entre la justice climatique et énergies renouvelables, soulignant l’importance de la formation des femmes afin de prévenir les catastrophes environnementales telles que les inondations et la sécheresse. « Les femmes maliennes doivent être bien formées pour qu’elles se rendent comptent elles-mêmes leur rôle dans la justice climatique. Elles sont les premières victimes et elles doivent être en premières dans la recherche de solutions » affirme-t-elle.
Fatoumata Dembélé propose spécialement aux femmes rurales à s’adapter aux mutations sociales, aux changements climatiques et à saisir des opportunités d’emplois verts.
Une voix au-delà du Mali
Lors de la caravane africaine pour la justice climatique, étape du Mali, qui a été lancée le 06 octobre 2025, les femmes maliennes ont largement porté la voix du Mali sur la scène africaine. Du terrain aux réseaux sociaux, en passant par l’école, à travers des activités telles le café climat, la marche collective, football et les conférences, cette grande mobilisation générale a été animée par la gente féminine.
La coordinatrice de la caravane africaine pour la justice climatique, étape du Mali, Diallo Oumou Modibo Keita, a au nom du Mali lancé un appel au dialogue entre les pollueurs et les victimes.
« Nous faisons entendre la voix de nos territoires, de nos communautés, de nos femmes, et notre jeunesse que nous sommes. Nous affirmons que la justice climatique ne se décrète pas elle se vie dans nos champs, dans nos rues, dans nos associations, dans nos choix au quotidien » a-t-elle révélé. Selon elle, La caravane africaine pour la justice climatique, est plus qu’un projet. « C’est un mouvement panafricain, un appel à l’action collective, un tambour d’unité et de solidarité entre les peuples. Une étape nationale qui s’inscrit dans un mouvement continental, à travers des cafés climatiques, des panels de haut niveau, des mobilisations communautaires, des espaces de dialogue, nous faisons vivre la vision d’une Afrique forte résiliente et souveraine face aux crises climatiques » a déclaré Diallo Oumou Modibo Keita.
Le chargé de communication de l’Agence pour l’environnement et le développement durable (AEDD), Seydou Bouaré, reconnait l’engagement des femmes dans la justice climatique au Mali.
« La justice climatique est un sujet d’une importance capitale pour l’avenir de notre pays. Les femmes portent la voix du Mali pour une transition juste et équitable. Nous vous accompagnons dans ce combat » a-t-il assuré. Selon Monsieur Bouaré les femmes jouent un rôle déterminant face à la montée des crises climatique, à la raréfaction des ressources naturelles et à l’instabilité économique. Il ajoute que la plus part des femmes maliennes s’engagent dans une transition écologique profonde, celle vers une économie plus verte plus sobre en carbone.
L’ancienne ministre de l’environnement de l’environnement, Keïta Aïda M’bo, l’engagement des femmes dans la gestion écologique n’a jamais fait défaut. Elle rappelle que le plus grand récent est celui de l’accord de Paris en 2015 au cours duquel les malienne était en première ligne.
Mme Keïta rappelle également le rôle des femmes dans l’utilisation du bois qui constitue 80% de la consommation en énergie renouvelable au Mali. « Les femmes sont les premières victimes des changements climatiques. Elles doivent être impliquées dans les négociations » plaide-t-elle.
Balla CAMARA
