
Le Mali renforce sa maîtrise des ressources minières. En 2025, l’État a perçu 888,5 milliards de francs CFA des sociétés minières, un niveau record, tandis que 761 milliards FCFA d’arriérés ont été recouvrés à la suite d’un audit. Face à la presse, le jeudi 22 octobre 2026, le ministre des Mines, Pr Amadou Keïta, a présenté les résultats des réformes engagées pour accroître les retombées du secteur au profit de la Nation.
Le nouveau Code minier de 2023 commence à s’inscrire dans une stratégie de renforcement des intérêts économiques du Mali. C’est l’un des principaux messages du premier point de presse du ministre des Mines, Pr Amadou Keïta, consacré à l’assainissement du secteur, à la transparence et à la souveraineté sur les ressources naturelles.
Parmi les résultats annoncés figure le recouvrement de 761 milliards de francs CFA d’arriérés à la suite d’un audit des sociétés minières. En 2025, les versements des compagnies à l’État ont également atteint 888,5 milliards FCFA, soit une hausse de 6,4 % par rapport à 2024. Les impôts représentent un peu plus des deux tiers de ces recettes, tandis que les dividendes issus des participations publiques en constituent près du quart.
Cette performance intervient malgré une baisse de 22,9 % de la production industrielle d’or en 2025, passée de 54,8 à 42,2 tonnes. Dans le même temps, la valeur des exportations d’or a progressé, atteignant 2 750 milliards FCFA contre 1 610 milliards en 2024.
Pour renforcer les retombées nationales, l’État mise sur le Code minier de 2023 et la loi sur le contenu local. Ces textes permettent notamment une participation des intérêts maliens pouvant atteindre 35 % du capital des projets miniers, avec une part réservée aux investisseurs nationaux. L’objectif affiché est de mieux associer le pays à l’exploitation de ses ressources et aux revenus qui en découlent.
Plusieurs mesures accompagnent cette réforme. L’État a procédé à la vérification des titres miniers, annulé plus de 90 permis de recherche en octobre 2025 pour non-respect des obligations réglementaires et retiré récemment trois permis d’exploitation pour absence de travaux, défaut de paiement ou non-conformité. À l’inverse, 24 permis de recherche ont été autorisés au renouvellement entre août et septembre 2026, après examen des dossiers.
La modernisation du cadastre minier constitue un autre levier de cette politique. Dévoilé le 17 avril 2026, cet outil numérique recense 631 titres et centralise les informations relatives aux titulaires, aux superficies et à la durée des permis. Il doit contribuer à limiter les irrégularités et à améliorer le suivi des engagements des sociétés.
Les retombées financières concernent également les collectivités territoriales. Le Fonds minier de développement local a mobilisé plus de 18,4 milliards FCFA pour l’exercice 2025, au bénéfice des 819 communes du Mali. Par ailleurs, le Fonds de financement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport a mobilisé 109,14 milliards FCFA entre janvier 2025 et juin 2026.
L’État entend aussi mieux gérer ses participations dans les entreprises minières à travers la Société de patrimoine minier du Mali (SOPAMIM), détenue à 100 % par l’État. Cette structure est chargée d’administrer les participations publiques, d’investir dans de nouveaux projets et de porter les intérêts des investisseurs nationaux.
En parallèle, la lutte contre l’exploitation clandestine s’est renforcée avec la création de la Brigade spéciale des Mines, dotée d’une compétence nationale et de pouvoirs de police judiciaire. Les autorités veulent ainsi limiter les pertes de recettes, lutter contre les pratiques illégales et améliorer la sécurité des sites d’exploitation.
Au premier semestre 2026, la production industrielle d’or a atteint 23,5 tonnes, contre environ 18 tonnes sur la même période en 2025, soit une progression de plus de 30 %. Le lithium contribue également à la diversification du secteur, avec les mines de Goulamina et de Bougouni, dont la capacité combinée de production pourrait atteindre 590 000 tonnes de concentré en 2026, selon les projections présentées par le ministre.
Si les chiffres annoncés témoignent de l’importance des revenus miniers pour les finances publiques, ils ne sont pas tous directement imputables au Code minier de 2023. Le recouvrement des arriérés, les versements annuels des sociétés et les contributions aux fonds de développement relèvent de mécanismes distincts. Une ventilation détaillée sera nécessaire pour mesurer précisément la part des recettes attribuable à la réforme.
À travers ces mesures, le gouvernement entend faire du secteur minier un levier de financement du développement national, tout en imposant davantage de rigueur aux opérateurs. Le défi reste désormais de transformer ces ressources financières en investissements durables, en infrastructures et en retombées concrètes pour les populations maliennes.
Par Abdrahamane Baba Kouyaté
