
La crise sécuritaire continue de fragiliser le système éducatif malien. Malgré les efforts déployés pour maintenir la continuité des enseignements, des milliers d’établissements scolaires restent inaccessibles dans plusieurs régions du pays, privant des centaines de milliers d’enfants de leur droit fondamental à l’éducation.
Le dernier rapport du Cluster Éducation, couvrant le mois d’avril 2026 et rendu public le 24 juin, dresse un constat préoccupant. Au total, 2 444 écoles sont actuellement hors service sur l’ensemble du territoire, soit une légère augmentation par rapport au mois précédent où 2 427 établissements étaient déjà fermés. Cette situation affecte directement près de 733 200 élèves ainsi que 14 664 enseignants contraints d’interrompre leurs activités.
Selon les données du rapport, plusieurs facteurs expliquent cette dégradation continue. Les menaces et attaques perpétrées par des groupes armés dans certaines localités poussent de nombreux enseignants et élèves à abandonner les salles de classe. À cela s’ajoutent les déplacements massifs de populations, les incursions armées dans les villages, les destructions ou pillages d’infrastructures scolaires ainsi que les inondations qui compliquent davantage l’accès à l’éducation dans plusieurs zones.
Les régions du centre et du nord demeurent les plus durement touchées. Avec 506 établissements fermés, Ségou enregistre le nombre le plus élevé d’écoles non fonctionnelles. Elle est suivie par Bandiagara, où 485 écoles restent fermées, puis Tombouctou avec 251 établissements à l’arrêt. Mopti compte 182 écoles fermées, devant Ménaka (162) et Douentza (132). À l’inverse, Koutiala figure parmi les régions les moins affectées avec 32 établissements non fonctionnels.
Quelques signes encourageants apparaissent néanmoins. Le Cluster Éducation indique que douze écoles ont pu rouvrir leurs portes dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti ainsi que dans le cercle de Nara, permettant à certains élèves de reprendre progressivement le chemin des classes.
En dehors des statistiques, ces fermetures prolongées compromettent l’avenir de milliers d’enfants. Dans les zones affectées par les conflits, l’école constitue souvent bien plus qu’un lieu d’apprentissage : elle représente également un espace de protection et de stabilité pour les élèves.
Face à cette situation, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) avait déjà exprimé son inquiétude après les attaques enregistrées le 25 avril dernier. L’organisation faisait état de victimes civiles, dont des enfants, et signalait notamment l’occupation d’une école dans la région de Mopti par des hommes armés ainsi que la présence d’un engin explosif à proximité de l’établissement. L’agence onusienne avait alors appelé au respect du droit international humanitaire et à la protection des infrastructures éducatives.
Le phénomène dépasse largement les frontières maliennes. Selon l’UNICEF et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), près de 15 000 écoles ont été contraintes de fermer en Afrique de l’Ouest et centrale sous l’effet des violences et des conflits. En l’espace de six ans, le nombre d’établissements concernés est passé de moins de 8 000 à plus de 14 800.
Pour les deux organisations, les conséquences sont profondes et durables. Outre les retards d’apprentissage, les enfants et les enseignants exposés aux attaques ou aux déplacements forcés peuvent conserver des traumatismes psychologiques importants, rendant encore plus difficile leur retour à une scolarité normale. C’est dans ce sens, la sécurisation des établissements scolaires apparaît plus que jamais comme une condition indispensable pour préserver le droit à l’éducation des générations futures.
Par Abdallah Keïta
